Agri53 09 mai 2019 à 13h00 | Par A.M. Bodilis et C. Lafon

Quel impact du froid des derniers jours sur les céréales et le maïs ?

Nous sortons d'une séquence climatique fraîche, marquée par des petites gelées de fin de nuit dans certains secteurs. Toutefois, les températures sous abri ne sont pas descendues en deçà de 0 °C dans notre région. Cet épisode de froid est survenu avec des rayonnements satisfaisants qui viennent contrebalancer les effets délétères potentiels du froid sur les cultures.

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- © Arvalis - Institut du Végétal

Les conséquences potentielles de cet épisode vont dépendre du stade précis des cultures au moment du froid, le stade de la méiose (formation du pollen) et celui de la floraison (fécondation) étant les plus sensibles. Les conditions d'apparition du froid au champ sont très variables et les dégâts éventuels dépendent de l'exposition, des zones d'écoulement d'air, de la topologie au sein des parcelles et même au sein des épis, ce qui rend délicate l'évaluation des conséquences.

L'analyse du contexte 2019 au regard des campagnes passées porte toutefois à se montrer rassurant. En effet, nous avons connu des épisodes de gelées tardives très similaires et même plus sévères fin avril 2017 avec au final des conséquences ponctuelles et limitées.

Le stade méiose, phase sensible pour les céréales à paille

La principale préoccupation porte sur un risque d'exposition au froid lors de la méiose, phase de formation du pollen. Ce stade survient lorsque le sommet de l'épi est encore dans la gaine et atteint la base de l'avant-dernière feuille (illustration ci-contre). Durant une très courte période (entre 48 à 72 h à l'échelle de la parcelle), les céréales ont besoin de beaucoup d'énergie pour la différenciation du pollen et sont plus fragiles.

Le seuil d'alerte froid méiose est de +4 °C sous abri, mais le rayonnement compte aussi ! La période du 4 au 7 mai a connu des minima inférieurs à ce seuil durant 2 à 4 jours selon les secteurs. Toutefois, ce froid a été concomitant avec des rayonnements élevés ce qui limite le risque d'accident. De plus, la plupart des blés précoces à demi-précoces avaient déjà franchi ce stade sensible début mai -- ce qui n'était pas le cas lors des gelées tardives de 2017.

Ce risque d'accident pourrait toutefois concerner ponctuellement des parcelles de blé et de triticale parmi les plus tardives, se trouvant précisément au stade sensible au cours de ces journées. En cas d'accident, le pollen est stérile et il ne peut y avoir d'autofécondation des fleurs, mais des compensations sont encore possibles lors de la floraison (les fleurs bâillent pour capter du pollen extérieur).

Du côté des orges d'hiver, la plupart des parcelles étaient alors entre pleine épiaison et floraison, donc hors de la phase sensible à l'accident. Les températures sous abri étant restées positives, il ne devrait pas y avoir de risque d'avortement de fleurs. Certaines parcelles d'orge, parmi les plus précoces, ont toutefois pu être exposées lors de l'épisode froid précédent -- du 12 au 14 avril --, mais là encore les rayonnements élevés ont contribué à compenser l'effet dépressif potentiel du froid.

Les dégâts éventuels ne seront observables qu'après la formation du grain et se manifesteront par des épillets vides. Ils concernent rarement toutes les parcelles d'une zone et tous les épis d'une parcelle (stades différents des tiges sur une plante). Rappelons qu'en 2016 et surtout en 2017, les températures sont descendues presque partout en dessous de +4 °C voire en dessous de 0 °C fin avril, mais avec, fort heureusement des accidents très ponctuels.

Destruction de feuilles possible sur maïs, mais les apex sont encore à l'abri du sol

Pour les parcelles non levées, c'est la température du sol qui est à prendre en compte. Celui-ci a un effet « protecteur », et la plante n'est pas touchée par le gel.

Pour les maïs déjà levés, les jeunes feuilles sont exposées à la température de l'air. Un gel de quelques heures est suffisant pour les détruire. Les feuilles déployées brunissent alors rapidement, puis elles deviennent plus ou moins translucides. Mais avant 5 feuilles, le méristème apical (apex) qui produit les feuilles est encore dans le sol. Il est donc bien protégé des basses températures. En cas de gel de feuilles, les nouvelles feuilles formées, mais pas encore visibles se développeront et les conséquences seront donc limitées. Parfois, sur certaines plantules, les feuilles gelées, en se repliant plus ou moins sur elles-mêmes, peuvent bloquer le déploiement des nouvelles feuilles formées. Dans ce cas, il y a perte de pieds.

Suite aux gelées matinales de ces derniers jours, ne rien faire et attendre : la parcelle n'est pas détruite. En revanche, il faudra être prudent lors des traitements herbicides de post-levée précoce, et laisser à la plante fragilisée par le gel le temps pour repartir en végétation. Attention au risque de manque de sélectivité des mélanges herbicides.

 

 

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