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Lait de chèvre : « Des usines tournent à 20-25 % de leur capacité »

À la veille du week-end pascal, et dans le contexte du confinement lié au coronavirus, la filière caprine et ovine souffre économiquement. Un point avec Jean-François Quinton, responsable de la filière à la Fdsea de la Mayenne.

Jean-François Quinton, responsable de la filière à la Fdsea de la Mayenne.
Jean-François Quinton, responsable de la filière à la Fdsea de la Mayenne.
© Fdsea 53

Commençons par la filière lait de chèvre. Dans quelle situation se trouve-t-elle en Mayenne?

Jean-François Quinton : La conjoncture du lait de chèvre, jusqu’à récemment, était plutôt sur de bonnes perspectives. On constatait une augmentation de la vente des produits au lait de chèvre, notamment la bûchette. On cherche des producteurs, et le départ à la retraite de nombreux éleveurs du Poitou-Charentes délocalise la production, notamment chez nous en Mayenne. Ceci mène à une demande en lait importante de la part des laiteries, ce qui conjoncturellement est toujours vrai. Mais on aura un avant la crise du coronavirus et un après, en espérant qu’il n’y ait pas trop de dégradations au niveau de cette filière. C’est une filière porteuse, avec un vrai avenir pour les éleveurs.

Les installations sont-elles nombreuses en élevage de chèvres laitières en Mayenne ?

J.-F. Q. : Actuellement, nous sommes une vingtaine de producteurs pour le lait de chèvre dans le département. En Mayenne, la filière est jeune. Il n’est pas encore question de cessation d’activité et de reprise. Même si trois d’entre nous partiront sans doute à la retraite d’ici 4 à 5 ans. On sait que Agrial Eurial cherche encore de nouveaux candidats à l’installation, ne serait-ce que pour compenser le départ à la retraite dans d’autres départements et régions. La filière est sécurisée depuis que la laiterie des Deux-Sèvres est dans le groupe Agrial.

Au niveau du prix, est-il intéressant de s’installer en élevage caprin ?

J.-F. Q. : Oui tout à fait. Le prix est correct, mais correct ne veut pas dire qu’on roule sur l’or. La production de chèvre rémunère correctement l’agriculteur. Si on regarde l’augmentation des charges qu’on observe sur le fioul, les engrais, les intrants… On équilibre. Mais si on regarde l’indice des prix auquel devrait être le lait de chèvre, on n’était pas encore à la hauteur, il manquait un petit peu. On était mieux que d’autres productions, mais quel est le juste prix de rémunération de producteurs? C’est là toute la question. On a avancé sur cette question du prix. Sous l’impulsion de la Fnec, des accords de prix ont été signés avec des industriels et des distributeurs à 749 €/1 000 litres. C’est encourageant, mais il faudrait que tous les distributeurs signent et que l’on atteigne l’objectif des 790 €/1 000 litres. C’est le prix calculé en tenant compte des coûts de production, et tenir compte des coûts de production est bien un des objectifs des Egalim.

Ça c’était avant le début de la crise du coronavirus. Actuellement, tout le monde est confiné chez lui. Quel est l’impact sur la filière ?

J.-F. Q. : L’impact direct, c’est par rapport à tous les gens qui mangeaient dans les cantines, les restaurants, hors domicile, où de gros volumes y étaient vendus. Aujourd’hui, il y a une perte momentanée de marché, car tout le monde mange chez soi. Il y a une augmentation de la consommation des produits à domicile, qui ne compense pas la différence qu’il y a avec la perte hors domicile. De plus, on se retrouve avec le pic de lactation printanier, une période où les animaux produisent plus de lait. Ça, c’est normal, prévu, on met les usines à saturation. Sauf qu’en ce moment, les usines arrivent plus vite à saturation, car les personnes travaillant dans ces usines doivent respecter de nouvelles consignes, afin de protéger les hommes. D’autres salariés sont confinés chez eux… La productivité s’en retrouve amoindrie. Et avec des laiteries qui tournent à 20-25 % de leur capacité, le lait s’y engorge dans les usines et on va peut-être devoir jeter du lait de chèvre. Pour la viande, ce n’est pas mieux. Pâques : c’est le pic de consommation des agneaux et des chevreaux. Mais là, pas de réunions familiales. Les engraisseurs sont les premiers impactés par cette situation. On peut toujours transformer, adapter les morceaux pour 2 ou 3 portions. D’ailleurs, il ne faut pas hésiter à demande à son boucher ces adaptations…

Combien de temps la filière va mettre pour s’en remettre à votre avis ?

J.-F. Q. : Je n’en ai aucune idée. Ça va dépendre de la durée de la crise, et de sa profondeur. S’il faut que l’on jette pendant un mois, du lait en pleine lactation, s’il faut que les éleveurs diminuent tous leur production, ça peut être beaucoup plus long. D’une part pour les laitiers, mais aussi pour les fermiers. Ces derniers sont impactés directement par la fermeture ou la restriction des marchés et n’ont plus autant de moyens de vendre leurs produits. Quand vous avez toutes les charges à payer et que les produits ne sont pas là, ça peut aller très vite dans la dégradation d’un système d’exploitation. Pour la viande, le ramadan se profile (23 avril au 23 mai). Si c’est une période de bonnes ventes, on sait que cela ne va pas rattraper les pertes.

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