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« Nous avons conscience de la prime place du monde de la terre »

Le confinement a changé la vie sociale. La pratique religieuse a dû aussi s’adapter. C’est ce que nous explique la directrice de la communication du diocèse de Laval.

Véronique Larat, directrice de la communication du diocèse de Laval
Véronique Larat, directrice de la communication du diocèse de Laval
© adio Fidélité Mayenne

Le confinement a imposé des règles sanitaires et sociales à l'ensemble de notre société. Comment, en Mayenne, l'Église catholique s'est organisée pour les mettre en place ?

Véronique Larat : En Mayenne, une multiplicité d’initiatives, propres aux génies et aux réalités de chacun, s’est déployée dans toutes les paroisses. Et les moyens de communication les plus modernes ou les plus classiques sont utilisés : messes retransmises sur YouTube ou Facebook Live, messes quotidiennes sur Radio Fidélité Mayenne, proposition de prier chez soi à l’heure où le curé de la paroisse célèbre, messages quotidiens par groupes WhatsApp, rencontres régulières par téléphone fixe pour les non connectés, newsletters quotidiennes ou hebdomadaires pour les autres.
D’une paroisse à l’autre, le curé se rend disponible au téléphone. C’est lui qui appelle certains de ses paroissiens qu’il sait esseulés, ne serait-ce que pour prendre des nouvelles. Parfois, ce sont des paroissiens qui prennent le relais. Dans une paroisse, on a mis en place l’opération « Gardien de mon voisin ». Les paroissiens sont invités à s’engager pour veiller sur leurs proches voisins : faire les courses, rapporter le pain, faire un brin de causette, aller sonner à la porte pour voir si tout va bien.
Pour les fêtes de Pâques, des familles ont vécu à la maison le chemin de croix du Vendredi saint, dans leur jardin, en dessinant ou photocopiant les différentes stations des dernières heures de Jésus. Les familles ont fabriqué un cierge, voire ont allumé un feu de Pâques dans leur jardin…

 

Ce confinement a aussi des répercussions sur la vie des chrétiens, dans une période de cérémonies : baptêmes, communions, mariages... Comment tout cela est géré et vécu par la communauté chrétienne ?

V.L. : Le confinement et le dé-confinement ont bousculé le calendrier : baptêmes, mariages, premières communions, profession de foi, confirmation… Chacun a été contacté, rejoint, pour être informé de la nécessité de changer la date. Ce fut toujours un bon accueil. Des dates, comme pour les mariages, ont été reportées à l’année prochaine par prudence. Nous attendons, comme tout le monde, de connaître les modalités du déconfinement pour fixer de nouvelles dates pour les fêtes de la foi. C’est pour chacun une décision difficile, moralement, religieusement, et matériellement.

 

Depuis peu, le Gouvernement autorise de petits rassemblements lors des décès de proches. Comment se déroulent les cérémonies religieuses liées aux sépultures ? Comment réussissez-vous à accompagner les familles dans ces moments douloureux ?

V.L. : Si c’est une souffrance pour les familles de ne pas pouvoir se rassembler et d’être limité à un petit nombre, elles sont très sensibles à l’accompagnement qui leur est proposé. Les mercis en témoignent. Nous nous engageons, moment venu, à toutes les recontacter pour proposer une célébration où beaucoup pourront se réunir. Il y a une vive soif de se rassembler pour partager, échanger, autour de ces moments douloureux. Il est difficile de faire son deuil en période normale. Cela est tellement plus douloureux en ce temps de confinement. L’Église voudrait tout faire, dans la mesure de ses moyens humains, pour permettre aux familles de vivre la dimension spirituelle et religieuse des funérailles.

 

Enfin, cette période montre tout l'intérêt d'avoir, comme en Mayenne, un réseau dense d'agriculteurs pour nourrir le reste de la population. Comment l'Église analyse ce regain d'intérêt pour le monde agricole nourricier ?

V.L. : Les chrétiens ont bien conscience de la prime place du monde de la terre, en tant que nourricier de l’humanité. La dernière rencontre des évêques de France à Lourdes en novembre 2019 en a témoigné. Ils ont travaillé sur l’urgence, sous toutes ses formes, du respect de la création. Le texte du pape François, Laudato Si », invite à regarder les choses autrement. C’est une réflexion profonde que tout agriculteur devrait connaître, et tout homme qui travaille sur cette Terre, sur la sauvegarde de notre « Maison commune » qu’est notre planète, consacrée aux questions environnementales intimement liées aux questions sociales.
Il n’y a pas que la technique, l’économique, les intérêts financiers. Il y a l’homme, sa santé, sa vie personnelle, la vie les uns avec les autres, le partage, la réflexion sur la vie… Notre monde agricole, notre monde rural, en a conscience peut-être un peu plus que le monde urbain. Tous nous avons à avancer en humanité, et réfléchir à toutes ces valeurs-là. Ce temps de confinement n’a-t-il pas été propice à cette réflexion ?

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