Magazine
Le Japon au cœur de l'Anjou
Le 3e volet de notre série d'été sur les lieux touristiques de la région nous emmène dans le Maine-et-Loire : le parc oriental de Maulévrier - plus grand jardin japonais d'Europe - s'étend sur 30 ha et célèbre les transformations de la nature.
Le 3e volet de notre série d'été sur les lieux touristiques de la région nous emmène dans le Maine-et-Loire : le parc oriental de Maulévrier - plus grand jardin japonais d'Europe - s'étend sur 30 ha et célèbre les transformations de la nature.
À l'extrême sud du département du Maine-et-Loire, près de Cholet, le parc oriental de Maulévrier est un lieu unique. Ni parc floral, ni parc animalier, il s'agit du plus grand parc japonais d'Europe. Son histoire est peu banale puisque s'il y a toujours eu un jardin, sur les bords de la Moine, il a d'abord servi de pâture pour les animaux de la ferme du domaine Colbert, avant d'être un jardin romantique à l'anglaise, selon les plans de Symphorien Leroy. Certains arbres, comme le séquoia ou le catalpa, datent du XIXe siècle.
Mode japonaise
Mais c'est l'architecte parisien Alexandre Marcel, gendre du propriétaire, Eugène Bergère, riche industriel du textile choletais, qui l'a aménagé en s'inspirant de paysages japonais. "L'extrême-orientalisme était très à la mode au début du XXe siècle, rappelle Fabrice Jeanneteau, responsable des relations publiques du parc. Alexandre Marcel a d'ailleurs réalisé trois pavillons pour l'exposition universelle qui s'est tenue à Paris en 1900, dont il a reproduit des éléments orientaux dans le jardin". À l'époque, un étang est creusé et une promenade suit la rivière. Abandonné pendant 40 ans, ce jardin aurait pu redevenir une exploitation agricole. Mais une association locale, soutenue par la commune de Maulévrier, lui donne un second souffle. Sa restauration débute en 1980 et il ouvre ses portes au public en juin 1985. "Et grâce à la visite de trois spécialistes japonais, il a été reconnu en 1987 comme un jardin de promenade et de transformation de la période Edo, indique Fabrice Jeanneteau. Sa composition et certains éléments non connus des Occidentaux tendent à confirmer qu'un jardinier japonais a dû contribuer à sa création".
Tableau vivant
Dans ce type de jardin, le paysage est vu comme un tableau vivant. "Les quatre saisons sont très marquées, explique Fabrice Jeanneteau. Aux fleurs du printemps succèdent la végétation de l'été puis les couleurs automnales avant le repos de la nature en hiver." De la montagne à la mer - ici de la colline boisée à l'étang- on retrouve les éléments essentiels : l'eau, le minéral, le végétal et la circulation. Les perspectives se dévoilent progressivement aux visiteurs. "C'est aussi une représentation symbolique de la vie de l'Homme, ajoute-t-il. De la naissance à la maturité puis la sagesse".
Taille plus aérée
Pour s'occuper de ce jardin, 30 salariés sont embauchés à temps plein, dont 10 jardiniers. Didier Touzé encadre aujourd'hui l'équipe technique qui prend soin de ce site classé, labellisé jardin remarquable en 2004. "Mes deux voyages au Japon ont été la meilleure façon de m'imprégner et d'apprendre les gestes pour les transmettre, reconnaît-il. Et nous continuons de faire des tentatives et d'observer la réaction des plantes". D'une taille en nuage "trop stricte au départ", les jardiniers ont apporté de la "légèreté dans la transparence" en allégeant d'un tiers la masse végétale. "L'idée est de faire apparaître la complexité des ramifications de l'arbuste, argumente Didier Touzé. Et cette technique, plus aérée, a l'avantage d'améliorer l'aspect sanitaire avec moins de présence de champignons et d'insectes ravageurs".
Vallée des bambous
Membre de la commission technique de l'association qui gère le parc, Didier Touzé participe à la réflexion sur le développement du lieu. Il a contribué à la réalisation d'un nouvel espace, l'île du soleil couchant, au décor plus sobre, ainsi qu'à la création de la vallée des bambous. "C'est un incontournable dans tous les jardins japonais, que ce soit la plante ou le matériau pour construire des barrières", admet-il. L'association s'interroge également sur les variétés adaptées face au changement climatique. Un essai de plantations de plantes du sud du Japon est d'ailleurs en cours. "Mais faut-il vraiment accélérer cette transition, se questionne le jardinier. Ne faut-il pas mieux plutôt laisser faire la nature ? Les glands du chêne qui grossissent côté sud s'avèrent par exemple aujourd'hui plus résistants à la sécheresse".