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"Irriguer, c'est assurer nos rendements"

Le bassin versant de l'Oudon est sujet à des périodes de basses eaux (étiages) parfois sévères durant l'été qui peuvent gêner les usagers et le bon fonctionnement du milieu aquatique.

Jean-Charles Thireau
Jean-Charles Thireau
© AF

Le bassin de l'Oudon est coutumier des restrictions d'eau lors des épisodes de sécheresse. Au 16 juillet, un premier arrêté de restrictions des usages de l'eau, plaçait le territoire de l'Oudon en vigilance, alors que les territoires de la Mayenne médiane-aval et Mayenne amont étaient placés en alerte. Pour Jean-Charles Thireau, agriculteur à Saint-Cyr-le-Gravelais, c'est une première : « je suis effaré, parce que d'habitude c'est l'inverse. C'est toujours l'Oudon qui est le premier en vigilance ». Le nouvel arrêté paru ce jeudi 23 juillet fait évoluer la situation et place désormais l'Oudon et la Sarthe aval en alerte, tout comme les territoires de la Mayenne amont, médiane et aval.
Équipé pour l'irrigation, comme la plupart des irrigants du bassin de l'Oudon, avec plusieurs bassins de réserve, il dispose de 55 000 m3 d'eau disponible pour ses cultures.

« En maïs ensilage, dans les zones difficiles, irriguer peut doubler les rendements du maïs. On passe alors de 4 tonnes à 11 tonnes. Si la situation engendre une interdiction totale d'irriguer, tant que ça arrive après le 15 août, on est sauvé. Avant ça peut être très problématique » explique Jean-Charles Thireau, qui préside par ailleurs le syndicat départemental des irrigants.


Irrigation et rentabilité
Au Gaec Thireau, les maïs sont parti-culièrement beaux : « je n'ai jamais eu de maïs aussi beaux. J'ai semé le 7 avril, ils ont ainsi bénéficié des pluies d'avril, ici on a pris 90 mm, avant qu'arrive le soleil ». Sur le bassin de l'Oudon, « il y a majoritairement de l'irrigation avec des réserves. Les plus gros pompages sont sur la rivière la Mayenne. Quand on pompe dans la rivière c'est différent. Dans une réserve, quand elle est vide il n'y a plus d'irrigation » ajoute-t-il. L'irrigation permet d'as-surer, voire parfois d'augmenter les rendements et la qualité, mais cela a aussi un coût : « l'irrigation, c'est un investissement, tant au niveau du matériel que du stockage. Cela revient environ à 15 EUR/m de tuyau enterré. Sur l'exploitation, on en a 3 km. Nos produits n'ont pas évolué, par contre tout ce qu'on achète coûte de plus en plus cher. Il faut voir la rentabilité par rapport au prix du maïs », commente-t-il. L'irrigation, c'est également du temps à passer et une main d'oeuvre importante : « j'ai un cycle de 20 h par parcelle, quand on passe en seuil d'alerte avec autorisation d'irriguer seulement entre 20 h et 10 h, ça me fait deux nuits par parcelle et il me faut 12 jours pour faire le tour. L'irrigation c'est de l'artisanal, c'est des rouleaux que l'on déplace », précise Jean-Charles Thireau.

Territoires de la Mayenne
« Sur les territoires de la Mayenne, ils sont rarement embêtés, car le barrage de Saint-Fraimbault alimente la rivière. Pourtant, ils sont mis en alerte. Demain, s'ils ne peuvent plus irriguer dans ces secteurs, notamment sur la Mayenne aval, il n'y  aura plus d'élevage », constate Jean-Charles Thireau. Actuellement au niveau 2 (en seuil d'alerte), si ces territoires atteignent le niveau 3 (en alerte renforcée), l'interdiction d'irriguer sera totale, et plus seulement réduite aux horaires de nuit pour tous les irrigants qui pompent en rivière. Sur le territoire de l'Oudon, un seul agriculteur est concerné par le pompage en rivière, mais sur les territoires de la Mayenne, l'irrigation se fait par pompage en rivière.


Irriguer ou changer ses pratiques
À Beaulieu-sur-Oudon, Laurent Batard  dispose d'une réserve avec un quota de 10 000 m3 pour l'irrigation de ses 12 ha maïs ensilage. « J'ai un terrain sableux où il n'y a pas de réserve d'eau. Pour avoir un rendement de 12 TMS, il faut irriguer, sinon on descend à 8 TMS. Si demain je ne pouvais plus irriguer, il faudrait que je revoie ma façon de faire. Soit diminuer l'effectif de taurillons, où acheter de la nourriture, mais cela coûte très cher. Et j'arrêterais de faire des dérobés. L'irrigation c'est beaucoup de travail, et ça tombe en pleine période des moissons, mais sans ça, il faudrait changer nos pratiques ». Pour cette année, il est satisfait de l'évolution de son maïs : « les maïs sont corrects. Grâce à l'irrigation, les rendements et la qualité seront bons ».

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