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« Au Nom de la Terre » révèle la crise de notre société

Le film de Edouard Bergeon, Au Nom de la Terre, qui sort mercredi 26 septembre 2019, remet le suicide sur le devant de la scène. Au-delà, c’est surtout un témoignage sur l’évolution de la société entre 1979 et 1996.

Le film sort sur les écrans ce mercredi 26 septembre 2019.
Le film sort sur les écrans ce mercredi 26 septembre 2019.
© AuNomDeLaTerre

L’histoire débute en 1979. Pierre rentre en France après un séjour aux États-Unis. Il retrouve Claire, sa fiancée et vient reprendre, avec elle, l’exploitation de ses parents. Plein d’enthousiasme et de convictions, il remplace les moutons de son père pour devenir, non pas «
paysan », mais « chef d’exploitation » et surtout engraisseur de chevreaux. Les années passent, la famille s’agrandit. En 1996, la conjoncture et les choix sociétaux ne suivent plus son développement. On mange de moins en moins de chevreaux en France et la concurrence étrangère s’accapare le marché. Les dettes commencent à grossir. Claire est obligée de travailler à l’extérieur « pour nourrir la famille ». Pierre pense à diversifier son exploitation avec un élevage de poulets standards. Le mauvais sort s’acharne avec l’incendie de son bâtiment de caprins. Son choix est fait, il se lance à corps perdu dans l’élevage de volailles. Commence alors une descente aux enfers avec un endettement croissant, une incompréhension avec son père qui le regarde s’enfoncer, sans agir, sans lui proposer ne serait-ce que de différer les traites que Pierre lui verse pour la reprise de la ferme des Grands Bois. Une descente qui se traduira par un burn-out profond. Pierre s’enferme, sa femme et ses enfants prennent en main le travail de la ferme. Mais Pierre ne s’en sortira pas. Il choisira de se donner la mort, une mort atroce, dans les bras de son fils. Des scènes dures qui traduisent le vécu, rappelons-le, de Edouard Bergeon. Les dernières minutes mêlent fiction et réalité, comme pour insister plus encore sur le récit de la vie de Christian Bergeon, père du cinéaste.

Des réseaux d’aide

Nous n’évoquerons pas davantage l’histoire du film. Au Nom de la Terre, qui sort mercredi sur tous les écrans mercredi 26 septembre 2019, propose bien plus qu’un regard sur l’évolution du monde agricole. C’est l’évolution de la société qui se trame : repli sur soi, individualisme, absence de dialogue, absence d’entraide (que l’on a par contre toujours dans le monde agricole). D’ailleurs, à Évron, après la séance en avant-première avec la Msa Mayenne Orne Sarthe, ce 17 septembre, le public retenait surtout « l’épuisement moral et physique de la personne qui l’amène à ne plus se maîtriser ». Ou bien encore : « on a vu la famille se replier sur elle-même pour tenir, essaye de s’en sortir… »
Lancé par Georgette Rousselet, présidente de la Msa Mayenne Orne Sarthe, le débat dans la salle du cinéma d'Évron a tourné autour de la prévention au suicide. « Comment repérer les personnes fragilisées ? Comment détecter le malaise dans les familles le plus tôt possible ? » Et de mettre l’accent sur les réseaux que constituent toutes les personnes qui viennent régulièrement dans les exploitations et qui sont, ou peuvent être, « des veilleurs, des sentinelles de la Msa. Ce sont bien sûr les délégués de la Msa, mais aussi des agriculteurs, des voisins, des personnels de la santé et du monde para-agricoles ». Une solidarité (lire l’encadré) qui peut aider à limiter une situation telle que celle racontée par Au Nom de la Terre.

 

 

Agri’Ecoute : un service d’écoute pour les agriculteurs en difficulté

Créé en 2014 par la MSA, Agri’Ecoute est un numéro d’appel (09 69 39 29 19) qui permet aux exploitants agricoles en difficulté de joindre à tout moment des psychologues cliniciens diplômés spécifiquement formés à la gestion du mal-être et des situations de crise suicidaire. Un suivi personnalisé peut alors être mis en place et des solutions concrètes sont trouvées au cas par cas, l’adhérent pouvant par ailleurs garder l’anonymat dans le cadre de l’accompagnement à distance. Entre juillet et décembre 2018, Agri’Ecoute a reçu en moyenne 346 appels par mois. 83 % des appelants sont des agriculteurs en difficulté, 12 % sont des proches, 1 % sont des référents MSA, 4 % sont hors périmètre. La tranche d’âge 51/60 ans représente 43 % des appelants qui ont accepté d’indiquer cette information relative à leur âge. 9 % des appelants se sont inscrits dans une démarche de suivi.

Agra Presse

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