Faune sauvage
« Une seule solution : réduire les populations de sangliers »
Interview de Claude Charon, responsable du dossier « Faune sauvage » à la FDSEA 53.
Interview de Claude Charon, responsable du dossier « Faune sauvage » à la FDSEA 53.
Cela fait plusieurs années que la Fédération nationale des chasseurs (FNC) alerte sur les difficultés de prise en charge des dégâts causés par la faune sauvage. Son président a d'ailleurs récemment suggéré aux agriculteurs de financer eux-mêmes leurs dégâts. Que pensez-vous de cette position ?
Claude Charon : Il ne faut pas inverser le problème ! Si certaines fédérations départementales de chasseurs (FDC) rencontrent des difficultés de financement des indemnisations, ce n'est pas aux agriculteurs d'en payer les conséquences. Pour nous, la priorité absolue est de s'attaquer aux causes, c'est-à-dire à la surpopulation de gibier, notamment le sanglier.
Sur ce sujet, un accord national avait été signé avec la FNC pour réduire les populations de sangliers. N'a-t-il pas été efficace ?
C.C. : Le 1er mars 2023, les organisations agricoles et la FNC ont en effet signé un accord visant à réduire les dégâts agricoles causés par le sanglier qui reposait, notamment, sur la mise en œuvre d'un maximum de moyens de régulation possible. Depuis, de nouvelles mesures ont été prises en Mayenne et vont dans le bon sens. Il y a donc du mieux de ce point de vue. Je regrette en outre que la capacité de chasser autour des parcelles en cours de récolte, qui avait été traduite réglementairement, ait été annulée par le Conseil d'État l'an passé. Cette position dogmatique est très dommageable car il reste des dégâts conséquents dans les parcelles agricoles. Il n'y a donc pas d'autres choix que de redoubler la pression de tir sur le terrain. L'ouverture générale de la chasse en Mayenne s'est faite le 20 septembre dernier. Est-ce qu'on voit beaucoup de chasses se faire en ce moment ? Pas vraiment. Elles auraient pourtant dû démarrer dès le 20 septembre, et partout, y compris dans les zones actuellement non chassées qui sont de vrais nids à reproduction de sangliers. Tous sangliers prélevés sont autant d'animaux qui ne font plus de dégâts agricoles, donc autant d'indemnisations à ne pas verser...
Les estimations de dégâts de sangliers semblent aussi poser des questions chez les agriculteurs victimes de ces dégâts. On entend sur le terrain que plusieurs règles seraient appliquées par les estimateurs...
C.C. : La profession agricole a obtenu un abaissement du seuil d'indemnisation des dégâts permettant la réparation des dégâts à partir de 150 euros par exploitation et par année cynégétique. C'est une réelle avancée, qui s'est d'ailleurs traduite dans la réglementation (NDLR : article R 426-11 du Code de l'environnement), applicable depuis le 1er janvier 2024 ! Or, la FNC a récemment adopté une motion visant à ne plus indemniser les plus "petits dossiers" d'indemnisation de dégâts. Cette décision nationale, que la FNC justifie par une baisse de la contribution de l'État aux FDC, semble trouver un écho favorable au sein d'un certain nombre d'entre elles, qui ont décidé de revenir aux anciens seuils de déclenchement : à savoir 3 % de la surface de la parcelle agricole ou 230 € (100 € pour les prairies). Nous sommes en totale opposition avec cette posture, contraire à la réglementation ! Nous invitons donc chaque agriculteur victime de dégâts, concerné par un refus d'indemnisation, à prendre contact avec la FDSEA. Nous avons besoin de maintenir des relations apaisées et constructives entre les principaux acteurs du monde rural, pas d'opposer les chasseurs aux agriculteurs. Ce fut l'esprit de l'accord national signé en 2023, il faudrait voir à le respecter !