Prairies
Bilan fourrager : tous les cas sont dans les prairies
Après la sécheresse qui s'est éternisée, les prairies sont dans des états très variés. Sursemis, retour aux prés... Chacun s'adapte !
Après la sécheresse qui s'est éternisée, les prairies sont dans des états très variés. Sursemis, retour aux prés... Chacun s'adapte !
Tout le monde fait ses comptes en prévision du printemps prochain. Ça va passer ou pas sur les stocks fourragers ? Grégoire Dufour, conseiller spécialisé prairies et fourrages à la Chambre d'agriculture des Pays de la Loire, constate : "On a de tout ! Les RGI et RGH ont le plus souffert. Les reprises sont très hétérogènes".
Le fourrage : "des montants énormes"
Stéphane Tatin, éleveur de vaches allaitantes de race Limousine à Sainte-Gemmes-le-Robert, présente une double activité sur son exploitation. "J'ai un cheptel reproducteur avec la suite, ainsi qu'un atelier d'engraissement. Au total, j'ai plus de 350 animaux. Le fourrage représente donc des montants énormes sur ma ferme, sachant que je mets du foin à disposition des taurillons à l'engraissement", explique-t-il. Il y a seulement quelques jours, il a effectué son bilan fourrager avec l'appui de la coopérative Seenovia. "On a également fait un point sur les aléas climatiques, ça fait d'une pierre deux coups", relate-t-il. Sur le plan des stocks, "on voit, en fonction du bilan fourrager, où ça va nous amener en foin et en maïs".
19 000 euros d'achat de foin
Concernant le foin, Stéphane Tatin devrait être plutôt tranquille jusqu'en mars-avril 2027. "Ça colle assez bien, puisque j'ai réalisé pas mal d'achats de foin en 2025-2026 pour pallier le manque de fourrage. Au total, la somme s'élève à environ 19 000 euros. C'est un budget, mais ces achats ont permis de moins consommer de foin cet été". Stéphane Tatin a acheté près de 237 tonnes de foin. "En temps normal, la tonne me coûte 120 euros. Là, je l'ai achetée à 80 euros, ce qui nous donne cette somme de 19 000 euros pour le total", calcule-t-il.
13 hectares de maïs de côté
Sur le plan des maïs, Stéphane Tatin avait réussi à mettre 6,5 hectares de côté. L'éleveur a préféré anticiper en se procurant la même quantité. "J'ai acheté 6,5 hectares à un adhérent de la Cuma de Sainte-Suzanne, qui arrête son activité, à 120 euros la tonne. D'habitude, on est autour de 110 euros. Ils sont un peu plus chers et de moins bonne qualité, mais c'est l'année 2026 qui veut cela. Dans tous les cas, j'ai pu être réactif grâce à un groupe WhatsApp privé. Si l'annonce avait été sur Leboncoin, ça serait parti le temps de le dire. Au total, j'ai donc désormais 13 hectares, ce qui devrait m'emmener jusqu'à la saison prochaine, aux alentours du 1er septembre 2027", envisage l'éleveur mayennais.
Des prises de décision obligatoires
Stéphane Tatin a aussi décidé de rentrer moins de jeunes bovins à l'engraissement. "En revanche, je conserve toutes les mères", assure-t-il. Autre décision prise par l'agriculteur, celle de garder 100% de ses céréales. "Je ne vends rien cette année, contrairement aux années précédentes. Cette année, les maïs sont de moins bonne qualité et j'ai besoin de le complémenter pour mon atelier d'engraissement". Comme beaucoup d'agriculteurs, l'éleveur de Sainte-Gemmes-le-Robert a connu une récolte de maïs catastrophique avec 4,6 tonnes de matière sèche à l'hectare en 2026, contre habituellement plus de 12 tonnes. Désormais, Stéphane Tatin se projette : "Mes 31 hectares de blé sont semés. J'ai aussi 5 hectares de triticale. Il me reste 16 hectares de méteil. J'ai prévu la moitié pour l'ensilage et l'autre moitié pour les moissons. Mais si ça tourne vinaigre, tout ira en ensilage".
Le risque des mauvaises herbes
Pour Grégoire Dufour, la priorité est d'être opportuniste sur le pâturage, avec des perspectives favorables (pluie et sol encore sec). "Il faut quand même exploiter les prairies, sauf celles qui ont reçu un sursemis pour éviter d'abîmer les jeunes plants, sans non plus les surexploiter. C'est une ressource pas très chère et qui permettra un report de stock. Il faut prendre tous les jours économisés sur les lots".
Le spécialiste prévient aussi... La nature a horreur du vide ! "On voit déjà apparaître les mauvaises herbes estivales, mais le pire pourrait être cet hiver, si le froid s'installe avec des trous dans les prairies. Des espèces plus embêtantes, comme le chardon ou autres dicots vivaces, pourraient émerger. Il peut être encore envisagé de semer des céréales pour boucher les trous temporairement. Si son plan de fumure ou les contrats le permettent, on peut faire un apport d'effluents. Il vaudra mieux partir sur des petites doses d'azote bien réparties. Le risque d'une trop grosse quantité pourrait faire sortir le mouron".
Justement, les agriculteurs s'en font assez comme ça, du mouron !