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Quand l’Etat ne veut pas entendre le bon sens paysan

Plus d’une centaine d’agriculteurs, répondant à l’appel de la FDSEA et des JA de la Mayenne, sont venus exprimer leur colère, jeudi 9 novembre, en soirée, devant la préfecture. Une délégation a été reçue, mais sans être réellement entendue.

La colère des agriculteurs s’est exprimée, jeudi dernier, devant la préfecture du département, à Laval, par la voix de plus d’une centaine de personnes. Une colère emplie de revendications sur le thème « Des boulets aux pieds ». Parmi les revendications exprimées, « nous exigions de mettre un terme, ou tout au moins une pause, au normatif. L'empilement des administrations s'accompagne désormais d'empilements de nouvelles réglementations en tous genres, où plus personne ne s'y retrouve mais où tout le monde craint de se faire un jour épingler lors d'un contrôle... », explique la FDSEA. 

Dans les sujets de discorde, le ratio des prairies permanentes (relire Agri53 du 20/10/2023). « L’administration nous a affirmé qu’il s’agissait d’un calcul national, et qu’aucune donnée ne viendrait de la DDT et donc aucune contribution départementale n'était à attendre », explique Florent Renaudier, président de la FDSEA 53, au sortir d’une bonne heure d’entrevue entre la délégation syndicale et l’administration, pendant que, dehors, patientaient, plein d’espoirs, leurs collègues agriculteurs. « Comme c’est au niveau national, on nous dit que l’on ne peut pas nous donner les chiffres, complète Mickaël Guilloux, secrétaire général de la FDSEA. On a une calculette qui fonctionne sans que personne ne soit capable de nous donner les chiffres ! » Depuis la manifestation, la FDSEA apprenait, via la DDT 53, mardi 14 novembre, que la Mayenne serait désormais « sous le régime des autorisations pour le retournement des prairies permanentes, mais avec une obligation de réimplantation. Bref, on marche sur la tête », constate le président de la FDSEA 53. L’information devait être confirmée et expliquée hier jeudi en après-midi, à l’heure où nous mettions sous presse (Agri53 reviendra sur ce sujet dans sa prochaine édition). 

 

Décision collective pour dérogations individuelles

La délégation syndicale voulait aussi questionner l’administration sur l’acceptation d’une dérogation collective à la couverture hivernale, comme cela s’est déjà fait par le passé. « Sur cette demande, la préfète nous a fait part de la décision collective prise entre tous les préfets de la Région pour n’autoriser que des dérogations individuelles, avant même de nous entendre », raconte Kévin Renaud, agriculteur au Ham et administrateur JA53. Et de poursuivre : « Et c’était pareil sur les autres sujets. Elle n’a pas écouté nos revendications. Àla limite, on était juste là pour l’écouter… », insiste celui qui assistait pour la première fois à ce type de réunion. « Ce qui nous préoccupe le plus en Mayenne, ce sont les implantations et les mulchings. L’administration considère que l’on peut encore rentrer dans nos parcelles pour semer du blé, y compris jusqu’au 15 décembre » reprend Florent Renaudier, pointant la « déconnection » entre le quotidien du monde agricole et les services de l’Etat. « Très clairement, si on ne peut pas implanter nos céréales, c’est essentiellement dû aux conditions climatiques, explique-t-il (lire aussi page 5). Aujourd’hui, les conditions climatiques sont une cause exceptionnelle. Et à cause exceptionnelle, mesure exceptionnelle. » La demande de dérogation collective permettrait aussi « de se mettre à l’abri en cas de contrôles ». De son côté, l’administration maintient sa position sur des demandes individuelles. La réponse pourrait être modifiée le 7 décembre, date de la tenue du prochain Conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst). À suivre…

Quant au « pompon » de la soirée, il revient à la proposition de la préfecture, relatée par Mickaël Guilloux : « Pour la bonne tenue des contrôles, on nous propose une journée pédagogique de contrôles et de travailler à une charte des bonnes pratiques en 2024... » De quoi faire rire, mais jaune, l’ensemble des agriculteurs massés devant la grille de la préfecture. Des agriculteurs désormais dans l’attente de réponses concrètes des services de l’Etat…

 

Ils l’ont dit

Florent Renaudier, président de la FDSEA 53 : « Malheureusement, on sort avec plus de questions que lorsque l’on est rentrés. Ce n’est pas bon signe ! »

François Blot, président de JA 53 : « Ce soir, on ne vous ramène pas grand-chose, c’est clair et net. Ce n’est pas pour cela qu’il faut baisser les bras parce que si on laisse faire tout le temps, on ne fera plus notre métier. Il sera fait ailleurs. » 

Christelle Deshayes, vice-présidente de la FDSEA 53 : « J’ai le sentiment que l’Administration n’en a rien à faire de nous. On nous a dit qu’on pouvait aller semer, sans abîmer nos parcelles… On nous propose aussi des dérogations individuelles, sans prendre en compte que cela nous impose du travail administratif en plus que certains ne feront pas, faute d’être bien informés ou faute de temps. L’Administration se limite aux procédures officielles... »

Mickaël Guilloux, secrétaire général de la FDSEA 53 : « La préfète était surprise que nous étions nombreux. Cela aurait pu l’interpeller en se disant « il y a un problème en campagne ». On nous dit que l’Etat est derrière le monde agricole, mais sans regarder la réalité. Au-delà d’avoir des prix, la première chose qui nous emm… dès le matin, ce n’est pas le prix, c’est la réglementation, les papiers… 

Gwennaëlle Roussel, vice-présidente des JA 53 : « Je suis mécontente et complètement déçue de la préfète. Nous n’avons eu aucune réponse et aucun espoir de réponse. Ce n’est vraiment pas correct. Elle a beau dire qu’elle soutient l’agriculture, mais, là, j’ai un gros doute. Comme je reste positive, j’espère qu’avec un peu de recul, elle prendra le temps de trouver les réponses à nos questions. Sinon, on reviendra vers elle. »

Guillaume Bellet, président JA du canton de Château-Gontier : « Cette réunion n’a pas été concluante du tout, ne serait-ce que sur le fait de ne pas vouloir nous accorder une dérogation collective. C’est inadmissible. Il y a de l’eau partout en Mayenne, le sujet ne se traite pas au cas par cas, avec des dérogations individuelles. Les services de l’Etat se sont rabattus derrière leurs outils, au lieu d’avoir un peu de compréhension. Maintenant, on va attendre le Coderst du 7 décembre. Si la décision ne nous satisfait pas, nous remettrons une couche. »

Sandra Racine, 2e vice-présidente de la FDSEA 53 : « Il y a un vrai décalage entre nous et l’Etat. Il me semble pourtant que nous habitons sur le même territoire… Comment imaginer une dérogation individuelle avec tout le dispositif à mettre en place ? Pour moi, les représentants de l’Etat ont fait l’autruche et ne nous ont pas entendus. J’en suis très déçue ! »

Kévin Renaud, administrateur JA, canton de Le Ham : « S’entendre dire « Pourquoi vous n’avez pas semé plus tôt » montre bien la déconnection du milieu administratif avec notre métier d’agriculteur. Qu’ils mettent une paire de bottes et qu’ils viennent voir sur le terrain comment on travaille. »

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