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Pâturage de ligneux, pourquoi pas ?

Vos vaches sont friandes de feuilles d'arbres, mais vous n'avez jamais osé les nourrir avec ? Alors, tentez l'expérience de l'affouragement de ligneux comme complément !

© CA53

 

 

Le foin, la paille, l'herbe... : des aliments courants pour les bêtes. Toutes ces ressources fourragères habituelles dépendent des conditions climatiques et au vu du changement climatique, les périodes de sécheresse estivales notamment, vont être de plus en plus nombreuses et longues. Une diversification des ressources fourragères est nécessaire pour s'adapter aux conséquences du réchauffement climatique. Pourquoi ne pas vous tourner vers le pâturage de ligneux présents dans les haies bocagères ?

En Mayenne, le bocage est dense, le linéaire de haies relativement important. La ressource fourragère provenant des arbres est déjà présente sur le territoire mayennais et s'enrichit d'autant plus grâce aux nouvelles plantations de haies. Certaines haies peuvent alors nourrir le bétail grâce à leurs feuilles ou leurs rameaux, ce seront alors des haies fourragères. Plusieurs stratégies peuvent être choisies, par vous agriculteur, si vous décidez d'intégrer les ligneux à la ration alimentaire de vos animaux. Soit l'affouragement en feuilles et rameaux est réalisé pour pallier les difficultés d'alimentation (en période estivale notamment), soit la ressource est considérée comme à part entière et est alors intégrée dans le système fourrager.

Dans le cadre d'une rencontre organisée par la Régie des eaux des Coëvrons, Adrien Messean, agriculteur dans l'Aisne, est venu évoquer ses pratiques d'alimentation de son bétail avec un complément fourrager issu des rameaux de ligneux. Cette idée a surgi à la suite d'un simple constat : il y a plus de 10 ans, en taillant une haie dans une parcelle où le troupeau pâturait, les bêtes sont venues spontanément consommer les houppiers de branches taillées tombées au sol. Une autre fois, en période de sécheresse, l'herbe manquait. Donc il a ouvert un petit bois à son troupeau qui a brouté l'herbe et consommé les feuilles. Le constat est simple : les vaches consomment les feuilles de ligneux. Le fourrage de feuilles est ainsi devenu une source d'alimentation, en complément du pâturage des prairies, du foin et de la luzerne.

Impératifs et souhaits

Cette nouvelle idée d'affouragement par les ligneux lui permet de répondre à plusieurs impératifs et souhaits importants :
- Compenser le manque de fourrage herbacé durant les périodes sèches (juillet à novembre) qui risquent de s'accentuer dans les prochaines années et ne pas puiser dans les stocks de fourrages secs prévus pour l'hiver.
- Éviter les problèmes sanitaires et une perte de valorisation des bêtes (alimentation de ligneux ne provoquant pas de maladies pour les vaches et broutards).
- Être autonome en matière de fourragement (aucun investissement pour l'alimentation).

Zones et coupes

Avec ce constat et en respectant les impératifs énoncés, l'exploitant a mis en place plusieurs zones d'expérimentation/observation autour de l'affouragement de ligneux. Chaque zone test possède une haie de composition différente des autres. Au total, sept zones ont été expérimentées en 7 ans, et 25 espèces de ligneux (arbres, arbustes et lianes) ont été testées en affouragement en frais ou en sec (consommation des feuilles après une période de séchage). Aujourd'hui, avec les haies existantes et celles plantées, l'exploitant possède 5,8 km de haies, dont 2,8 km, en lisière de bois. La plupart de ces haies sont fourragères.

Concrètement, l'exploitant taille à 1 ou 2 m de hauteur les haies fourragères, en fonction de la capacité de l'essence à repartir et de la hauteur du houppier souhaitée. La taille est réalisée tous les 2 à 3 ans de la mi-août à la fin octobre.

Techniques d'affouragement

- L'affouragement sur table : les vaches consomment directement les rejets sur l'arbre après une taille. Ce type d'approvisionnement est peu durable dans le temps puisqu'au fil des consommations, l'arbre s'épuise et est dégradé par le troupeau (piétinement en autre).

- L'affouragement sur la parcelle : les branches taillées sont laissées au sol à disposition des vaches qui viennent les consommer sur place. Cette technique entraîne un surpiétinement au pied de la haie et une perte de la ressource fourragère peut survenir, les feuilles sont piétinées et non consommables par la suite.

- L'affouragement à la stabulation : les branches taillées sont ramassées et apportées à la stabulation où les vaches les consomment. Ce type d'approvisionnement nécessite plus de temps à consacrer de la part de l'exploitant, mais des résultats chiffrables peuvent être obtenus (comparaison entre la consommation de feuilles ou de foin par exemple).

Essences appétentes

En Mayenne, les essences qui semblent les plus aptes à un bon affouragement (qualité énergétique et présence sur le territoire) sont le troène, le fusain, le prunellier, le châtaignier, l'érable, le frêne, le robinier faux acacia, l'aulne et le saule, si le terrain est humide.

 

 

 

 

Quelques chiffres

À titre indicatif, ces données peuvent ressortir de ses expérimentations :

-        L'affouragement en frais en stabulation est la meilleure technique de valorisation puisque la totalité du feuillage est consommé (50 m3 par an consommé) par rapport à l'affouragement en sec en stabulation (2 à 5 m3 par an), mais demande 2 à 3jours/an pour la taille et la distribution contre 1 journée/an pour l'affouragement en sec (distribution).

-        Deux fagots de chargeur frontal (2 x 2 m3) de saule blanc d'affouragement en frais nourrissent une vache et son petit pendant 1 mois.

-        Deux fagots de chargeur frontal (2 x 2 m3) d'affouragement en sec nourrissent 1 vache pendant 2 semaines (équivaut à une taille de 20 saules têtard de 2 ans).

-        100 m3 d'affouragement de ligneux valent 10 tonnes de foin (sur une période de 3 semaines) soit une économie d'environ 1 500 EUR.

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