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Libéralisation de l’étiquetage : « On n’a pas besoin de cela ! »

La commission européenne pourrait élargir les critères de la liste des cinq mentions datant de 1991 et qui visait à protéger et valoriser les élevages de volailles de plein air et en Label Rouge. Unie, la profession est vent debout.

© VG-Agri53

C’est toute la filière française de volailles de chair qui est mobilisée et se dresse contre la Commission européenne qui souhaite, sous la pression de certains pays de l’Union européenne, élargir les critères qui définissent les cinq mentions de l’étiquetage des volailles (lire l’encadré) ; mentions s’appuyant sur des différenciations précises des modes d’élevage. Le règlement visé, datant de 1991, protège notamment les productions des volailles fermières de plein-air et celles des Labels Rouges. Ensemble, elles représentent 20 % des ventes de volailles dans notre pays et sont garantes d’une qualité d’élevage pour la gastronomie française. Parmi celles-ci, les volailles Duc de Mayenne. « Aujourd’hui, le consommateur a des repères avec les différentes appellations que l’on a, notamment pour les volailles élevées en plein air et élevées en liberté, explique Jérôme Boissé, président de Duc de Mayenne et éleveur à Auvers-le-Hamon, dans la Sarthe. Et de poursuivre : « Les consommateurs savent que nous utilisons des souches à croissance lente et qui ont une durée de vie entre 81 et 87 jours au minimum, et surtout que ce sont des animaux qui courent, qui vont dehors. »

Spécificité française

Pour Jérôme Boissé, « ce que certains pays européens demandent c’est parce qu’ils n’ont pas d’élevage de volailles en plein air ». Même son de cloche du côté des Volailles de Loué par la voix de son vice-président Benoît Drouin : « Certains pays demandent une libéralisation pour pouvoir créer d’autres modes d’élevages ». En les déversant sur le marché interne européen, ce serait affaiblir la production française et tromper le consommateur. C’est ce qu’explique Jérome Boissé. « Notre crainte, c’est que demain, de la viande de volaille rentre chez nous issus d’animaux élevés uniquement avec la vue du jour. Ils ont pris l’air et le vent, c’est tout. Et on va venir complètement tromper le consommateur en lui faisant croire que ces animaux ont été élevés en plein air. Alors que ces volailles seront élevées dans des bâtiments où seules certaines d’entre-elles prendront effectivement l’air. Elles arriveront sur le marché français avec des prix défiants toute concurrence : ce serait une catastrophe pour notre production. Et ce sera aussi une tromperie pour le consommateur », s’insurge-t-il. Pour Jean-Yves Guérot, membre du Cravi Pays de la Loire, « on a l’impression que les pays demandeurs veulent banaliser l’élevage de poulets labellisés avec des parcours de plein-air. On irait vers une ouverture des poulets dits fermiers qui deviendraient des poulets qui prennent l’air… »

Le texte européen, pas encore opérationnel, n’est pas nouveau. « Il traine dans les tiroirs de la Commission européenne depuis pas mal d’années », souligne le président de Duc de Mayenne, pour qui il y a autre chose à faire que de s’attaquer à libéraliser les modes de production des volailles en Europe. « On nous demande d’autres réglementations plus contraignantes, à savoir le bien-être animal, et là, avec cette proposition, on va à l‘envers. C’est un pas en avant, deux pas en arrière ! » Pour le président de Duc de Mayenne, il y a mieux à faire comme « s’attaquer à trouver des solutions pérennes contre la grippe aviaire ». Car ce texte, s’il arrive au bout, « serait vraiment une catastrophe pour la profession, notamment pour le label rouge ». Catastrophe que l’ensemble des maillons de la filière entend bien éviter.

 

Les cinq mentions en vigueur

a. « Alimenté avec x % de … » : mentionne la présence d'un aliment pour volailles dont la proportion est « significative pour le consommateur ».

b. « Élevé à l’intérieur - système extensif » : les volailles ne sortent pas, mais la densité s'élève à 25 kg/m2 de poulets au minimum. Des conditions de densité « rarement remplies en élevage standard ».

c. « Sortant à l’extérieur » ou « free range » : les volailles sortent, bénéficient de 1 m²/volaille minimum et sont généralement abattues à 56 jours. Elles sortent à partir de 28 jours, soit à la moitié de leur vie.

d. « Fermier* - élevé en plein air » : accès à l'extérieur sur parcours clos d'au moins 2 m²/volaille.

e. « Fermier* - élevé en liberté » : les volailles sortent en l'absence de clôtures, hormis celles imposées par la biosécurité (chemin…).

*La mention « Fermier » implique une exigence en termes de durée de vie (de 81 à 87 jours) et le recours à des souches à croissance lente. Les deux dernières mentions d et e remplissent les conditions du Label Rouge.
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