Interview
« Les carburants, un poste de charges majeur sur nos exploitations »
Ces derniers mois ont été une nouvelle fois marqués par une très forte hausse des prix de l'énergie. Responsable de l'achat groupé « fioul / GNR » et administrateur à la FDSEA de la Mayenne, Jérôme Landais, agriculteur à Saint-Denis-d'Anjou, revient sur les avancées obtenues pour amoindrir les effets du marché des carburants.
Ces derniers mois ont été une nouvelle fois marqués par une très forte hausse des prix de l'énergie. Responsable de l'achat groupé « fioul / GNR » et administrateur à la FDSEA de la Mayenne, Jérôme Landais, agriculteur à Saint-Denis-d'Anjou, revient sur les avancées obtenues pour amoindrir les effets du marché des carburants.
Comment résumeriez-vous l'impact du marché du Gazole Non Routier (GNR) sur les exploitations agricoles mayennaises ?
Jérôme Landais : La situation est clairement devenue critique pour nos exploitations. En raison des fortes tensions géopolitiques internationales, le prix du GNR a pratiquement doublé en un an. Nous avons parfois vu le tarif dépasser la barre symbolique des 1,50 euro HT le litre, notamment juste avant les grands travaux d'automne. Du jamais vu ! Dans nos fermes et au sein de nos Cuma, c'est insoutenable car les carburants représentent un poste de charges majeur sur nos exploitations. On parle d'un impact de plusieurs milliers d'euros sur une exploitation ! C'est pourquoi, notre réseau FNSEA s'est immédiatement mis en ordre de bataille pour tenter d'amoindrir ces coups de butoir sur nos trésoreries.
Quelles sont précisément les avancées obtenues par votre syndicat pour tenter d'inverser cette tendance ?
J.L. : On ne peut pas vraiment parler d'inversion de tendance, mais nos actions et la pression exercée sur les pouvoirs publics ont permis d'obtenir des victoires majeures. En guise de dernière avancée, le Gouvernement a enfin cédé en ordonnant le déblocage des stocks stratégiques de carburant de l'État. Cette injection massive de réserves sur le marché a immédiatement permis d'augmenter l'offre disponible. Les conséquences ont été directes et salutaires : cela a cassé la spéculation et amorcé une baisse significative des prix de l'ensemble des carburants, à commencer par le GNR et le fioul. Nous en voyons clairement les bénéfices dès cette semaine, avec une baisse confirmée de 20 centimes par litre. Bien sûr, conformément à notre demande, il aurait été préférable que cette baisse s'amorce 15 jours plus tôt pour en profiter au moment des semis de céréales.
À cela s'ajoute la pérennisation du principe de tarif réduit de l'accise sur les produits pétroliers (ex-TICPE) à la pompe ?
J.L. : Oui en effet. Les actions de la FNSEA ont d'abord permis de sécuriser le maintien de la tarification réduite à 3,86 centimes du litre de GNR. Je rappelle au passage que cette taxe réduite est désormais appliquée en pied de facture, les agriculteurs n'ont plus à faire l'avance de trésorerie à l'État, ni à se rendre sur Chorus pro pour se faire rembourser. Puis, nous avons permis la prise en charge de celle-ci à partir d'avril 2026, puis d'augmenter cette contribution de l'Etat à 15 centimes par litre livré à partir de mai 2026 et ce jusqu'en décembre 2026. Dès cet été, au regard de la flambée continue des prix, nous avons demandé au Gouvernement de passer cette aide à 30 centimes, tout comme nous avons demandé qu'elle s'applique là aussi en pied de facture pour accélérer les remboursements, pour qu'ils soient immédiats. Ce dernier a préféré s'empêtrer avec Chorus pro, ce qui nous a d'ailleurs récemment valu de lui redemander et d'obtenir la réouverture du guichet pour déposer les demandes de ce printemps qui n'avaient pu être faites...
Au-delà de ces avancées nationales, comment la FDSEA agit-elle localement pour le portefeuille des exploitants ?
J.L. : C'est là tout l'intérêt de notre syndicalisme de solutions, qui agit aux différentes strates. Au niveau départemental, nous continuons de déployer la force de notre réseau grâce à notre achat groupé de GNR et de fioul. En mutualisant les volumes de commande à l'échelle de la Mayenne, nous pesons face aux fournisseurs. On parle tout de même de plus de 2,5 millions de litres commandés via notre opération. Et à l'échelle régionale, on est à plus de 15 millions de litres ! Cela permet bien évidemment de moraliser les tarifs pour l'ensemble des exploitants, même si ces derniers mois on ne peut pas dire que la moralité ait été prégnante... Cela permet d'autre part, pour nos adhérents, de bénéficier d'une baisse de tarifs par rapport au prix du marché ! J'ai encore comparé cette semaine, au jour le jour, les tarifs de notre achat groupé avec le marché : on est clairement sur une économie supplémentaire de 40 à 50 € par tranche de 1 000 litres commandés. Ramenée à l'année, cela se compte à plusieurs centaines d'euros d'économie. Et cette fois-ci, le gain est bien immédiat !