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« Le Gouvernement doit changer de politique agricole »

Président de l’Association générale des producteurs de blé et autres céréales (Agpb), Éric Thirouin pousse un cri d’alarme sur la situation « extrêmement grave » que traversent aujourd’hui les céréaliers français. Il demande au Gouvernement d’agir rapidement.

© AGPB

>> La récolte affiche de mauvais résultats cette année pour les céréaliers français. Quelles en sont les causes ?

Éric Thirouin : Il est vrai que nous vivons une période particulièrement difficile avec une récolte qui est l’une des pires que nous ayons connues, en tout cas pour ceux qui sont en activité depuis une trentaine d’années. Rien qu’en blé tendre, nous ne devrions pas atteindre les 30 millions de tonnes cette année, soit une baisse de plus de 25 % par rapport à 2019. Deux facteurs essentiels expliquent cet épisode inédit. Le premier facteur est d’ordre climatique. L’implantation des semis à l’automne 2019 s’est réalisée dans des conditions déplorables, très pluvieuses, qui ont perduré au point parfois de faire pourrir les graines. Puis, au printemps, la sécheresse s’est abattue sur les parcelles avec un redoux extrême qui a favorisé la présence continue de pucerons, affaiblissant les plantes et perturbant la fertilité des épis.

>> Et le second facteur ?

E. T. : Il est d’ordre politique et en lien direct avec ce que je viens d’évoquer : le gouvernement a décidé de réduire les moyens de protection des plantes, entraînant des maladies parfois irréversibles. Les orges ont ainsi été attaquées par la jaunisse nanisante, les blés ont connu le même sort.

>> Face à cette situation que comptez-vous faire ?

E. T. : C’est un cri d’alarme que je pousse auprès du Gouvernement, car l’heure est extrêmement grave. Cette crise touche les céréales, mais également les autres cultures comme les betteraves, elles aussi victimes de la jaunisse pour les mêmes causes politiques. En effet, les néonicotinoïdes sont interdits depuis 2018 et il n’existe pas de traitement substitutif. Il est totalement inconcevable d’appliquer des interdictions avant même que les chercheurs aient trouvé des solutions alternatives. À court terme, l’État doit débloquer tous les dispositifs existants comme le report des cotisations MSA, l’avance des aides PAC, abonder un fonds d’allègement des charges, réduire le foncier non bâti. En effet, les revenus des céréaliers ne suivent plus. Le cours du blé étant mondial, il a tendance à stagner, voire à légèrement reculer. La chute des rendements est de l’ordre de 20 % en France, en moyenne et cache de grandes disparités, voire de véritables drames. À moyen terme, le Gouvernement doit agir sur les moyens de production agricole.

C’est-à-dire ?

E. T. : Il faut que le Gouvernement soit cohérent. Il ne peut pas d’un côté inciter à produire local et manger local et de l’autre tout faire pour empêcher d’atteindre cet objectif. Or c’est ce qui se passe aujourd’hui avec les moyens de protection de plantes. Le constat est sous nos yeux : nous ne pouvons plus traiter nos plantes parce que le gouvernement nous interdit d’en utiliser une grande partie et parce que nous ne disposons pas de moyens de substitution. En conséquence nos rendements s’effondrent, nos revenus chutent et notre pays, parce qu’il ne parvient pas à satisfaire à la demande intérieure, est contraint d’importer des céréales… dont beaucoup ont été traitées avec des produits interdits en France ! Par ailleurs, Bruxelles avait mis en place un seuil de déclenchement à 20 % pour les assurances récoltes. Mais la France a refusé de l’activer. Comment s’en sortir dans ces conditions ? Plus le gouvernement français cherchera à réduire la production intérieure, plus nous serons dépendants des importations. Il faut que le Gouvernement change de politique agricole. C’est une question de souveraineté agricole et alimentaire.

>> Ce changement passe-t-il aussi par une meilleure gestion des ressources, notamment en eau ?

E. T. : Bien entendu, les agriculteurs ont toute légitimité à gérer la ressource en eau. Ils disposent d’une résilience naturelle aux aléas climatiques et la gestion de l’eau est une partie intégrante de cette problématique. De même en ce qui concerne la réduction des gaz à effet de serre. Nous sommes à même de répondre à cet objectif. Là encore, qu’on nous en donne les moyens pour nous permettre de nous adapter.

>> À plus ou moins long terme, que craignez-vous ?

E. T. : Très clairement, je m’interroge sur le devenir du nombre d’agriculteurs en France. Dans les conditions que je viens de décrire, la part des exploitations qui ne dégagent pas de revenus risque de s’accroître. En 2012, à la veille de la réforme de la Pac, on nous avait rebattu les oreilles en disant aux agriculteurs : « nous allons rééquilibrer les choses » et faire en sorte que les revenus augmentent. Or le nombre d’exploitations, y compris céréalières, n’a cessé et ne cesse de diminuer au fil des ans. Je le répète : il faut que le Gouvernement réagisse vite et qu’il change de politique agricole.

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