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La Mayenne et le Burkina unis autour de l’agriculture

Jeudi 24 novembre, l’association Afdi Mayenne accueillait dans le département Moussa Koné, producteur de volailles à Banfora, dans l’est du Burkina Faso. Dans un contexte d’insécurité, l’agriculteur burkinabé s’est confié sur les problématiques de la profession dans son pays  

© GM-Agri53

Très engagé sur le plan national au niveau de l’agriculture et notamment sur la filière avicole, Moussa Koné est également le président national des Chambres d’agriculture du Burkina Faso. Avant le putsch militaire de septembre, il assurait également une représentation nationale en tant que député.

Dans ce contexte, l’Afdi Mayenne et la Ville de Laval proposaient aux acteurs du département ayant des relations avec le Burkina Faso de se retrouver le jeudi 24 novembre, à Laval.

Cette rencontre était l’occasion de faire le point sur les dernières évolutions au sein du pays et notamment l’arrivée du nouveau président, le capitaine militaire Ibrahim Traoré suite au coup d’État de septembre 2022, d’avoir des informations sur l’environnement agricole (saison des pluies, état des récoltes, grippe aviaire…) et les perspectives en matière de sécurité alimentaire ou encore d’échanger sur les conditions de travail des partenaires burkinabés dans une situation d’insécurité.

Laval et le Burkina unis depuis 1974

Isabelle Eymon, adjointe à la Transition environnementale et à l'Écologie urbaine à la Ville de Laval, représentait le maire, Florian Bercault. « Nous nous retrouvons aujourd’hui dans un triste contexte d’insécurité et de déstabilisation djihadiste au Burkina Faso, depuis 2014, et des tentatives successives de coups d’État. Les enjeux de sécurité alimentaire et climatique sont cruciaux, a-t-elle rappelé. Malgré cette situation très tendue, nous sommes ravis de pouvoir accueillir Moussa Koné aujourd’hui. Une rencontre qui traduit l’amitié qui unit Laval et le Burkina Faso depuis 1974 ».
Pour autant, « c’est la première fois que l’ensemble des partenaires mayennais liés au Burkina se réunissent, a indiqué Stéphane Guioullier, président de l’Afdi 53, liée depuis longtemps au Burkina, mais aussi à la Tunisie ou encore à la République Démocratique du Congo depuis quelques années. On ne se connaît pas beaucoup. Chacun agit dans son coin, à sa façon, avec son cœur d’association. Nous n’accueillons pas des ambassadeurs, des chargés de mission, des hauts gradés... Nous accueillons des gens proches du terrain, à l’image de notre ami agriculteur Moussa Koné. Le défi de la sécurité alimentaire évolue, surtout dans le contexte actuel. Je souhaite que les échanges d’aujourd’hui puissent enrichir la pensée des uns et des autres. Il faut aussi savoir véhiculer les témoignages positifs. L’Afrique est progressiste, tournée vers l’avenir et résolument ancrée dans le 21e siècle. Moussa Koné fait partie des gens qui seront toujours mobilisés tant que les solutions ne seront pas trouvées ».

« Nous sommes dans une forme de résilience »

Une vingtaine de partenaires ont répondu à l’appel de l’association Afdi 53, représentant au total 13 structures engagées pour le Burkina Faso. Chacun a pu se présenter à Moussa Koné avant de laisser la parole à l’aviculteur burkinabé. « Nous sommes reconnaissants du travail que vous effectuez. Au nom de la profession agricole du Burkina Faso, je veux vous transmettre cette reconnaissance, a-t-il affirmé, avant de rappeler la situation dans laquelle son pays se trouve. Avec le contexte d’insécurité, les agriculteurs sont obligés d’abandonner leurs terres. Nous sommes dans une forme de résilience. La profession continue d’exercer malgré cette atmosphère pesante. Nous connaissons un déplacement massif de populations, mais l’espoir n’est pas perdu ». Pour se rendre compte de la tension qui règne au Burkina, une carte était diffusée sur l’écran de la salle. Tout le pays est en zone rouge, c’est-à-dire « formellement déconseillé » aux voyageurs. « Une dynamique est engagée pour que les personnes déplacées retrouvent leurs terres. Le nouveau président, Ibrahim Traoré, soutient la profession. Malgré la situation difficile, ce n’est pas le chaos. Nous sommes résilients, mais on a besoin du soutien des associations comme vous. Comme le dit cet adage souvent utilisé au Burkina, c’est dans les moments difficiles que l’on reconnaît ses amis », a-t-il commenté.

Séance de questions-réponses

La parole était ensuite donnée aux partenaires, dans la salle, pour une séance de questions-réponses. « Le pouvoir en place essaye-t-il que le Burkina devienne autonome en termes de souveraineté alimentaire ? », a demandé un partenaire d’association. « Le pays n’est pas encore autosuffisant, mais nous tendons vers cela… même si le contexte actuel engendre des difficultés. Un programme de soutien aux jeunes agriculteurs a été mis en place. Il n’y a qu’en aidant les jeunes agriculteurs que nous pourrons acquérir l’autosuffisance alimentaire. Les agriculteurs et futurs agriculteurs doivent pouvoir vivre dignement de leur profession. Entre 80 et 85% de la population travaillent dans l’agriculture. Le challenge sera de professionnaliser ce secteur d’activités, par exemple en géolocalisant les productions. Aujourd’hui, nous n’avons pas de cartographie pour cibler les acteurs du monde rural. Avoir une base de données agricole, c’est capital », a répondu Moussa Koné.

Repenser la chaîne des valeurs

Dans un pays au climat généralement chaud et sec, le choix de variété de plantes est primordial. « Certaines cultures ne favorisent pas l’irrigation. La Chambre d’agriculture du Burkina a mis en place des méthodes pour améliorer le rendement. Nous développons la production de sorgho et d’autres plantes résistantes à la chaleur, contrairement au maïs qui nécessite beaucoup d’eau. Au moins, nous avons l’avantage du soleil au Burkina. Nous pouvons produire à tout moment de l’année puisqu’il ne faut pas seulement penser à nourrir les hommes, il faut aussi nourrir nos bêtes. En revanche, ce sont les financements qui font défaut », a poursuivi Moussa Koné. Pour lui, le Burkina doit « repenser sa façon d’agir avec des mesures incitatives », en prenant un exemple concret. « En 2019- 2020, plus de 48 milliards de tomates ont été exploitées au Burkina pour en faire de la sauce tomate. Sauf que pour les mettre en conserve, elles sont envoyées au Ghana avant de revenir au pays. En conclusion, nous devons responsabiliser les acteurs, tout en sécurisant nos terres et en faisant en sorte d’augmenter la productivité. La véritable problématique, c’est le niveau de rentabilité de nos exploitations. C’est un véritable défi ».

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