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Conduite des céréales en début de montaison

La douceur et la pluie sont toujours au rendez-vous en ce début du mois de mars. Sous l'effet des températures douces et de l'allongement de la durée du jour, la montaison arrive cette année avec une avance de 10 à 15 jours qui compense assez largement le retard des semis.

© Arvalis

Les quantités de pluie cumulées depuis le début du mois sont particulièrement élevées avec un état d'excès d'eau persistant pour bon nombre de parcelles du bocage. Avec le démarrage de la montée à épi, l'asphyxie des sols devient plus préoccupante, beaucoup de parcelles souffrent avec des conséquences prévisibles sur le potentiel.

L'état des cultures et parcelles

o Semis d'octobre : les céréales ont franchi le stade épi 1 cm. En sol sain (drainé ou non), le développement des cultures est satisfaisant, on note même une biomasse assez abondante, en lien avec la douceur et la bonne disponibilité en azote des sols (minéralisation continue et soutenue avec la douceur). Dans ce contexte, il convient de :
- Solder l'apport d'azote « épi 1 cm » vers la fin mars, pas d'urgence pour apporter sur les parcelles ayant déjà reçu un apport d'engrais, leur alimentation étant actuellement assurée par les fournitures du sol et l'engrais déjà épandu ;
- Surveiller le risque de verse, en particulier sur les variétés sensibles présentant une biomasse importante et une montaison précoce. En effet, la montée à épi précoce, sous jours courts et couverts, couplée à une forte biomasse, accentue ce risque. En sol marqué par l'excès d'eau, la biomasse mise en place est plus faible, pénalisée par l'anoxie liée aux excès d'eau répétés. Malgré tout, les stades progressent également et ces premiers semis entament également la montaison. L'excès d'eau persistant à ce stade va désormais pénaliser le potentiel. Les parcelles qui n'ont pas encore pu recevoir d'azote faute de portance seront les plus impactées. Il conviendra donc d'adapter la conduite en conséquence :
- Le risque de verse est faible dans ces situations ;
- Apporter l'azote dès que le sol sera ressuyé sur les parcelles n'ayant encore rien reçu -- attendre la fin mars pour les autres. Adapter la dose totale au potentiel accessible et en garder une partie pour la fin de montaison dont le positionnement et la quantité pourront être réajustés à l'aide d'un outil de pilotage.

o Semis de novembre : les céréales sont entre redressement et épi 1 cm. En sol sain (drainé ou non), le développement des cultures est satisfaisant, le retard de semis a été grandement compensé par la douceur. Les céréales sont actuellement correctement alimentées en azote grâce à la minéralisation constante de l'azote organique des sols : attendre le ressuyage pour toute intervention et apporter l'engrais en priorité sur les variétés précoces n'ayant pas encore reçu d'azote. En sol marqué par l'excès d'eau, le développement est là aussi pénalisé par l'excès d'eau persistant. Jusqu'à fin tallage, cet état d'asphyxie n'est pas trop préjudiciable. Attendre le ressuyage pour toute intervention.

o Semis les plus tardifs, décembre et au-delà : les céréales sont en cours de tallage. La biomasse mise en place est encore réduite, du fait du retard au semis. Les besoins en azote restent modérés à ce stade, et la minéralisation soutenue de l'azote organique du sol suffit à alimenter les plantes. Il n'y a donc pas d'urgence pour fertiliser ces semis tardifs. Certaines parcelles semées tard, en sol hydromorphe, ne sont pas bien implantées et souffrent sévèrement de l'excès d'eau. Dans ces situations, il convient d'attendre le ressuyage et le redémarrage de la culture pour poser un diagnostic quant au maintien ou non de la culture.

Soufre : risque de carence

Le soufre présente une mobilité dans le sol similaire à celle de l'azote : il se libère par minéralisation et est lixiviable. Les fournitures liées au type de sol, aux apports de matières organiques et au climat de l'automne et de l'hiver. Compte tenu de la pluviométrie hivernale importante, le risque de carence en soufre est plutôt élevé dans bon nombre de situations de la région. Il faudra notamment envisager une fertilisation soufrée dans des situations de sols assez profonds où les impasses sont habituellement recommandées. Outre les sols argilo-calcaires et les sables, régulièrement exposés à la carence en soufre, les limons sableux battants seront à surveiller plus particulièrement cette année. Lorsqu'il est nécessaire, un apport de soufre est recommandé avec l'apport azoté réalisé autour d'épi 1 cm (apport sous forme d'azote soufré). Rappelons qu'il est possible de corriger une carence à la vue de symptômes, et ce jusqu'au stade 1 noeud sans perte de rendement.

Climat favorable aux maladies des tiges

L'extrême douceur et la succession d'épisodes pluvieux sont favorables aux champignons du pied comme le piétin-verse ou le rhizoctone. En ce qui concerne le piétin-verse, les simulations réalisées avec le modèle Top mises à disposition dans le Bulletin de Santé du Végétal, indiquent un risque climatique élevé pour les semis d'octobre. Rappelons que ce risque climatique ne s'interprète pas seul : il faut l'intégrer au risque agronomique global de la parcelle. Les variétés dont la note de résistance au piétinverse est supérieure ou égale à 5 (Advisor, LG Absalon, Descartes...) ne nécessitent pas de traitement spécifique piétin. À l'inverse, les variétés les plus sensibles (Arezzo, Arkeos, Oregrain, Pilier, Rubisko, Rgt Sacramento, Soléhio ...) sont à surveiller.

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