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Boiteries : un problème de plus en plus fréquent

Les boiteries représentent le troisième enjeu de santé des vaches laitières, après les mammites et les problèmes de reproduction. Et ces dernières années, avec la diffusion de la dermatite digitée appelée aussi maladie de Mortellaro, les boiteries sont devenues le problème n° 1 pour bon nombre d’élevages. Un tour complet par Alban Charrette, vétérinaire-conseil pour Seenovia.

Nettoyer les pieds au jet en salle de traite
Nettoyer les pieds au jet en salle de traite
© AC

Des coûts importants

D’après la revue bibliographique d’une thèse vétérinaire de 2016 le coût d’une boiterie s’élève environ entre 250 et 265 euros. Et encore on ne compte-là « que » les manques à gagner en production, les frais de traitements préventifs et curatifs, et les éventuelles réformes anticipées. Il faut y ajouter le temps investi dans les soins, ainsi que le bien-être des animaux et celui des éleveurs. Car gérer des vaches boiteuses au quo-tidien n’est pas une sinécure et les éleveurs concernés s’en passeraient bien.

 

Repérer les boiteuses en statique et dynamique
Pour bien gérer les boiteries, il faut commencer par savoir les repérer. Et ne partez pas du principe que c’est évident. Car parfois, à force de voir ses vaches tous les jours, un éleveur peut ne plus se rendre plus compte qu’elles ne marchent pas normale-ment. C’est du vécu.
Le site Inter net www.boiteries-des-bovins.fr a deux pages qui vous aideront à « reconnaître une vache boiteuse en statique » et « reconnaître une vache boiteuse en dynamique ». Avec des photos et des vidéos commentées, vous y apprendrez à repérer les vaches dont le dos n’est pas droit, dont les mouvements de tête signent une boiterie, dont les onglons postérieurs ne se posent pas correctement dans les empreintes des onglons anté-rieurs… En passant, sur les chemins d’accès, évitez de presser les vaches avec un quad ou un chien pour ga-gner du temps. Cela les empêche de regarder là où elles vont poser leurs pieds et le risque qu’elles se blessent sur une pierre augmente.

Reconnaître la lésion pour administrer le bon traitement, mettre en place la bonne prévention

Quoique vous fassiez, vous aurez tout de même au moins une fois de temps en temps, une bête qui boite. Neuf fois sur dix, ça vient du pied, et le plus souvent des onglons ex-ternes ou des espaces interdigités des postérieures. La première chose recommandée est de soulever le pied pour le nettoyer et regarder ce qui s’y passe. Apprenez à différencier les fourchets, panaris, dermatites digitées, ulcères, ouvertures de ligne blanche, bleimes, limaces, etc. Car les traitements et les préventions adaptés ne sont pas les mêmes. Là aussi le site « boiteries-des-bovins » peut vous aider, avec de nombreuses photos et explications. Il y a en particulier un schéma interactif de pied à la page « reconnaître et gérer les lésions » qui indique, selon les zones 0 à 12, les lésions que vous êtes susceptible de rencontrer sur vos bêtes. Par exemple, le panaris : Il se voit en 0, 9 et 10. La boiterie est soudaine et sévère et accompagnée d’un gonflement symétrique. Si ces trois critères ne sont pas observés, alors ce n’est probablement pas un panaris, vous devriez laisser la seringue d’antibiotique dans la pharmacie et opter pour un autre traitement. Si un parage est nécessaire, appelez votre vétérinaire ou votre pédicure. Si vous parez vous-même, inscri-vez-vous de temps en temps à des formations de parage pour remettre vos connaissances et techniques à jour. Multi Services Bovin, Seenovia et d’autres organismes en proposent tous les ans.

 

Mieux vaut intervenir tôt que tard

Le parage préventif, souvent au tarissement, est un bon moyen de prévenir les problèmes. Car c’est souvent dans les trois mois qui suivent le vêlage que les boiteries se manifestent. Et beaucoup d’entre elles s’installent progressivement, discrètement. Une étude de 2002 montrait des baisses de production laitière sur certaines vaches jusqu’à quatre mois avant que leur boite-rie soit repérée ! Depuis d’autres études ont confirmé que les retards de diagnostic et de prise en charge sont courants. En moyenne les vaches boiteuses sont soignées 38 jours après l’apparition des premiers symptômes, 21 jours quand c’est jugé grave et 70 jours quand c’est léger… Or, comme pour la plupart des maladies, plus on attend avant de traiter, plus les chances de guérison complète diminuent. Avec une prise en charge rapide, les taux de guérison tournent autour de 70 à 80 % selon les traitements (parage +/- talonnette +/- anti-inflammatoire). Mais si on attend plus de deux semaines, alors les taux de guérison chutent à environ 15 %(7).
Une autre publication de 2016 montre, radiographie à l’appui, qu’une boiterie chronique va, au fil des mois, modifier fortement la dernière phalange du pied. On aura beau alors tailler parfaitement la corne, on l’aura quand même dans l’os si j’ose dire, et cet animal ne remarchera plus jamais correctement. Bref, il faut gérer rapidement les boiteries qui se présentent.

 

N’achetez pas la maladie de Mortellaro
La maladie des pieds de vache « à la mode » est la dermatite digitée. Les échanges commerciaux, les regroupements et agrandissements de troupeaux, les vaches qui restent plus longtemps en bâtiment… tout cela a probablement contribué à la diffusion rapide de cette maladie ces 10-15 dernières années. Indi-viduellement, elle se soigne plutôt bien avec des soins locaux, mais elle est très contagieuse et à l’échelle d’un troupeau on n’a pas encore trouvé le moyen de l’éradiquer.

 

Des parages réguliers

Certains préfèrent parer toutes les vaches une fois par an. Générale-ment je conseille plutôt un parage tous les trois mois, pour les vaches qui en ont besoin. Ainsi certaines seront soignées quatre fois par an et d’autre jamais. Mais cela reste à adapter à chaque élevage et ré-cemment des fermes cherchent à contractualiser des parages men-suels avec leurs pédicures.

 

Traitements individuels et collectifs
Il faut traiter individuellement les vaches les plus atteintes par la ma-ladie de Mortellaro. Souvent ça se passe en salle de traite, parfois en logette, avec des antiseptiques ou des antibiotiques en spray, en pulvérisation ou au pinceau.
Et dans les élevages où 10 à 20 % des animaux sont déjà infectés, on peut commencer par nettoyer ré-gulièrement les pieds de toutes les vaches avec… de l’eau ! Un simple lavage au jet, en salle de traite ou au cornadis, permet déjà de limiter les infections des pieds en les gar-dant plus propres et de repérer les animaux qui ont mal et qu’il faut soigner.
Après avoir nettoyé les pieds, vous pouvez aussi pulvériser un des nombreux produits désinfectants qui existent sur le marché. La pulvérisa-tion permet d’appliquer une solution toujours propre, et d’économiser du volume par rapport au pédiluve. Le pédiluve, lui, a l’avantage de traiter l’intégralité des pieds, arrières et avants. Et il est efficace à condition d’être fait régulièrement, tous les 15 jours au moins pour commencer, car il traite les lésions débutantes et prévient en partie les nouvelles infections. Par contre il ne doit pas devenir un « merdiluve » ! Il faut le changer quand il est trop sale, et nettoyer régulièrement ses abords pour que les vaches ne trempent pas leurs pieds dans la bouse en sortant !

Un travail de l’école vétérinaire de Nantes mené dans cinq fermes a montré que pour rester sous la barre des 20 g de matière organique par litre, la ferme « la plus sale » ne devait pas faire passer plus de 100-110 vaches dans son pédiluve, tandis que la ferme « la plus propre » pouvait encore en faire passer après les 200 premières… Conclusion : on peut diviser par deux sa facture de produits si les vaches sont propres. Une autre économie porte sur le volume du pédiluve. Plus les vaches passent, plus le niveau descend du fait des éclaboussures. Au bout de 100 passages, on a perdu une cin-quantaine de litres sur les 180 en-viron présents au départ, et alors il faut remettre du produit… Nos tests en 2008-2009 à la ferme ex-périmentale des Trinottières avaient montré qu’en mettant un ou deux pédiluves remplis d’eau avant le pé-diluve de produit, ce dernier restait propre plus longtemps et baissait moins de niveaux. Et l’eau coûte moins cher que le produit…

 

Pas de formol !
Je ne citerai qu’un seul produit, le formol, et ce sera pour essayer de vous convaincre de ne pas l’utiliser en pédiluve et encore moins en pul-vérisation. Il est bon marché, mais il est cancérigène ! Depuis 2009, le cancer du nasopharynx est recon-nu comme maladie professionnelle sous réserve d’une exposition de cinq ans liée à des travaux faisant intervenir du formol. Ne prenez pas de risque inutile pour vous, votre associé ou vos salariés. Même les pédicures sont obligés d’en respirer quand ils taillent la corne de vaches passées dans du formol.

 

Prévenir les maladies débilitantes
Les maladies qui affaiblissent les vaches sont les mammites, fièvres de lait, acétonémies, etc. Réussir à bien les gérer participe à la pré-vention des boiteries. En particulier l’acétonémie qui est liée à un amai-grissement important et rapide. Un chercheur américain, du nom de Bicalho a montré qu’une perte d’état corporel importante augmente la probabilité de survenue d’une boiterie. Il explique cela par l’amincissement d’un coussin de graisse qui se trouve entre la corne et le dernier os du pied. Ce coussin joue le rôle d’un amortisseur. Quand la vache maigrit trop, elle n’a plus d’amorti sous le pied et se blesse plus facilement. Inversement, les vaches qui restent en état ont moins de risque de boiter.

 

Un environnement sain pour des pieds sains
En présence d’humidité, corne et peau ramollissent et sont donc fragilisées. C’est une des raisons pour lesquelles, au printemps et à l’automne, quand les chemins d’accès sont boueux et les pierres cachées, on observe souvent des « pseudo-épidémies » de panaris.
Et en bâtiment, quand les pieds trempent dans le lisier, cela favorise le développement du fourchet et de la maladie de Mortellaro. Les trous, les flaques, les aires d’exercices non raclées, la vague devant le racleur… sont autant de lieux de contamina-tion. Si c’est faisable, augmentez la fréquence de raclage, de deux à quatre fois par jour par exemple. Et à l’occasion, rebouchez les éven-tuels trous qui peuvent se former au fil des ans dans les bétons au sol. Moins les pattes de vos vaches seront sales, mieux ce sera. Pour évaluer votre situation actuelle, vous pouvez utiliser les grilles de notation disponibles sur le site de l’Idele. Des photos vous permettent de voir si votre troupeau est sale, ou pas, sur une échelle de 1 à 4, et si votre bâtiment est considéré comme sec ou humide, sale ou propre.
Évitez aussi de mettre des pierres sur les couloirs d’exercice en pel-letant les refus du côté des vaches.

 

Enfin, ne négligez pas le confort !

Apporter du confort aux vaches, c’est du bien-être animal, c’est aussi des gains de temps et de production. Une étude de Karine Orsel par exemple (14), vétérinaire canadienne, montrait qu’apporter du confort de couchage en logette diminue la fréquence et la gravité des boiteries et des tarsites (gros jarrets). Pensez d’ailleurs à affiner le réglage de vos logettes. Les multipares doivent pouvoir s’y coucher à l’aise. Les primipares, plus petites, vont alors laisser des bouses à racler en bout de logette. Mais c’est le prix à payer pour que la majorité du troupeau puisse se reposer convenablement. Car une vache ne doit pas rester trop longtemps debout. N’hésitez pas à mettre des tapis dans les aires d’at-tente et ne bloquez pas trop long-temps les vaches après la traite au cornadis. On ne devrait pas forcer une vache à piétiner plus d’une heure trente.

 

Vos vaches vivront mieux, plus longtemps, et feront plus de lait si elles n’ont pas mal aux pieds… Ce qui devrait vous être bénéfique aussi.

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