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Avantages et inconvénients des chenilles sur les moissonneuses-batteuses

Les chenilles semblent séduire de plus en plus d’utilisateurs de moissonneuses-batteuses. Ce type d’équipement affiche de sérieux atouts, mais représente un investissement conséquent.

La présence de chenilles sur une moissonneuse-batteuse garantit une meilleure régularité de la hauteur de fauche avec les coupes de grande largeur.
La présence de chenilles sur une moissonneuse-batteuse garantit une meilleure régularité de la hauteur de fauche avec les coupes de grande largeur.
© Fendt

Avec des moissonneuses-batteuses de plus en plus puissantes, pourvues de trémies de plus en plus grandes, les chenilles apparaissent souvent comme la solution pour supporter les importantes charges auxquelles est soumis l’essieu avant, même s’il existe aujourd’hui des pneumatiques CFO+ à haut indice de charge spécifique aux engins de récolte. « Le confort et le gabarit routier sont les grands atouts des chenilles équipant mes deux moissonneuses-batteuses, précise Cyrille Le Bœuf, entrepreneur de travaux agricoles dans le Calvados à proximité de Caen. Comme mes machines mesurent moins de 3,50 mètres de large, elles traversent les bourgs sans difficulté. » Sur la route, les chenilles sont appréciées pour leur bon comportement, notamment quand la moissonneuse-batteuse circule en partie sur la berme ou sur des chaussées dégradées. Les irrégularités sont gommées par la longueur de la bande de roulement et il est facile de rouler plus vite. Au champ, le constat est identique. Les chenilles survolent les traces de roues lors des manœuvres en fourrière, alors que les pneus tombent dans les ornières et les à-coups se répercutent en cabine. « La conception des chenilles a nettement évolué depuis l’apparition des premières versions non suspendues. Chez Claas, les actuelles Terra Trac de troisième génération intègrent notamment un système de suspension hydraulique, qui permet de mieux épouser la surface du sol et de franchir plus confortablement les obstacles », indique Thibaud Lefebvre, chef de produit moissonneuses-batteuses chez Claas.

Une parfaite régularité de la hauteur de coupe

La stabilité supérieure se ressent aussi sur la qualité de fauche, un point pour lequel les constructeurs sont unanimes. « L’utilisation de chenilles avec des tabliers de plus de 10 mètres d’envergure garantit une hauteur de coupe identique sur toute la largeur, supprimant l’effet de vague, un critère notamment apprécié par les exploitants en semis direct », souligne Kévin Etienne, responsable récolte secteur Centre Est chez John Deere. En effet, avec les pneus, les oscillations latérales de la moissonneuse-batteuse n’arrivent pas à être gommées par les systèmes de correction de la plateforme, engendrant des différences notables de hauteur de chaumes. « Mes moissonneuses-batteuses à chenilles, équipées de coupes de 7,5 et 9 mètres, fauchent de façon plus régulière que ma machine à roues à tablier de 5,40 mètres », souligne Cyrille Le Bœuf. Les chenilles sont aussi retenues pour leur capacité à mieux passer en conditions difficiles, grâce à leur grande empreinte au sol. Leur effet sur la structure du sol fait en revanche débat, car certaines études démontrent que si le terrain n’est pas abimé en surface, la compaction en profondeur est supérieure à celle des pneus. « En Australie, les agriculteurs en Controlled Traffic Farming (CTF) adoptent les chenilles, car ils leur préfèrent l’effet vertical des forces au rayonnement latéral de celles des pneus qui pénalise le rendement des cultures en bordure des traces », précise Kévin Etienne. Par ailleurs, l’investissement dans des chenilles doit s’accompagner d’un pont arrière moteur si la machine est destinée à récolter du maïs en conditions difficiles. « Dès la première année nous avons monté un pont arrière en urgence en pleine saison de battage, car, en sols humides, les roues rencontraient des difficultés à tourner et gênaient l’avancement », remarque Cyrille Le Bœuf.

Plus coûteux à l’usage que les pneus

Les principaux ennemis des chenilles sont la chaleur et le poids. « Une machine qui réalise beaucoup de route avec le bec à maïs attelé peut voir sa bande de roulement fondre rapidement. L’usure est aussi amplifiée lors des trajets effectués sous de fortes températures », remarque Aurélien Pichard, chef de produit moissonneuse-batteuse chez New Holland. En plus du surcoût à l’achat en neuf allant de 25 000 à plus de 50 000 euros selon les marques, il faut prévoir un budget d’entretien supérieur à celui des pneumatiques. « Un train de chenilles augmente le coût d’utilisation entre 6 et 10 euros par hectare. Il est donc nécessaire de bien réfléchir au retour sur investissement »,  remarque Kévin Etienne. Le poids mort supérieur engendré par les chenilles et la résistance supérieure au roulement par rapport aux pneumatiques sont aussi susceptibles d’accroître la consommation de carburant, mais cette valeur est difficilement chiffrable. Cependant, des valeurs de 1,5 à 3 litres par hectare de GNR supplémentaires circulent. Sur le plan de l’entretien, par rapport aux roues, des boîtiers supplémentaires sont à vidanger. Le prix de la bande de roulement seule varie d’environ 10 000 à plus de 25 000 euros selon les marques. Pour rendre ce composant plus accessible économiquement, Claas propose par exemple des chenilles rechapées. « Les bandes de roulement réalisent sur mes deux machines moins de 2 000 heures moteur, indique Cyrille Le Bœuf. Leur remplacement représente, sans main-d’œuvre, un montant allant de 10 500 à 17 000 euros par automotrice. Cet écart de prix s’explique par la nécessité de changer ou non les galets, qui s’usent prématurément lors des récoltes en conditions humides. Par conséquent, les chenilles représentent un surcoût de 8 €/ha uniquement pour l’entretien, auquel il convient d’ajouter l’investissement supplémentaire à l’achat. » L’entrepreneur arrive à répercuter le coût supplémentaire au battage de maïs, car les clients sont demandeurs de machines à chenilles pour le meilleur respect de la surface du sol. Il réfléchit cependant à ne conserver qu’une machine à chenilles et de remplacer l’autre par un modèle à roues. « Il existe aujourd’hui des modèles performants à pneus, dont le gabarit routier est inférieur à 3,50 mètres, un critère important pour nous qui travaillons en zone péri-urbaine », note-t-il.

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