Agri53 16 janvier 2020 à 12h00 | Par VG et RD

Lutte contre l’agribashing : le monde agricole veut une loi

Vendredi 10 janvier 2020, alors que le ministre de l’Intérieur inaugurait le Sdis de la Mayenne, une délégation Chambre d’agriculture, Fdsea et JA était reçue, en préfecture, par un de ses collaborateurs, avec, comme sujet, l’agribashing. Et là, les agriculteurs sont unanimes : ils veulent rapidement une loi pour punir les actes d’intrusions et de dénigrement de leur profession.

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- © SR

« Stop à l’agribashing, aux intrusions et vandalisme dans nos exploitations agricoles ». Tel est le titre du document remis par Jérôme Landais et Mickaël Guilloux pour la Fdsea 53, Jérémy Trémeau et Sylvain Rousselet pour les Jeunes Agriculteurs de la Mayenne, à Emmanuel Lacombe, conseiller auprès du ministre de l’Intérieur, lors d’un entretien d’une bonne heure auquel participait également Jean-Yves Guérot, vice-président de la Chambre d’agriculture du département.
Ce document de travail liste toutes les formes d’agribashing que le monde agricole condamne. Une synthèse destinée à Christophe Castaner que la délégation Fdsea-JA n’a pu que rapidement saluer, après l’entretien avec son conseiller.
Jean-Yves Guérot a mis l’accent sur « l’agribashing médiatique », estimant que « des médias critiquent et décrédibilisent notre métier sans étayer leurs propos », pointant notamment « les médias publics ». Et de citer « une émission Envoyé Spécial sur le glyphosate, diffusée le 17 janvier 2019 » qui a été « signalée plus de 500 fois au CSA », sans que cet organisme « de contrôle d’État » intervienne. « J’ose espérer que l’État ne cautionne pas, mais il doit prendre la mesure du problème », estime l’élu Chambre.
« On a du mal à comprendre que certaines personnes sont invitées sur des plateaux TV et qu’on leur laisse la parole. On a le sentiment que plus personne ne contrôle, et que des médias se sentent inattaquables », remarque Jérémy Trémeau. Le président de JA 53 reste aussi dubitatif quant à certaines actions ou prises de parole de l’État : « d’un côté Didier Guillaume communique
très bien en disant qu’il faut soutenir l’agriculture, et de l’autre, il est le premier à dire qu’il faut
qu’on nous enlève la moitié des produits phytopharmaceutiques, sans aucune concertation sur
les conséquences ». Pour Jérémy Trémeau, il s’agit là d’une autre forme d’agribashing, venant de
l’État, notamment du ministre de l’Agriculture : « c’est ce fameux « en même temps »… Didier Guillaume nous dit qu’il faudrait revenir à l’agriculture de nos grands-parents ».
« On ne peut pas être pour l’agriculture et en même temps faire de la communication pour une autre agriculture. Nous, nous avons un discours clair et cohérent… », ajoute Jérôme Landais, président de la Fdsea 53.
La réaction des représentants du monde agricole mayennais est également vive lorsqu’il s’agit « d’un député La France Insoumise qui s’est introduit dans une exploitation. Il n’a eu aucune sanction. Personne n’a rien fait contre lui. » Pour Sylvain Rousselet, « dans une démocratie comme la France, c’est une faute grave gouvernementale. Comme il n’est pas sanctionné, vous renvoyez l’image d’un gouvernement qui cautionne son action ».
Toujours sur le rôle de l’État, Mickaël Guilloux observe « une dérive dans l’Éducation nationale », avec des documents ou des idées « à charge » diffusés, par exemple « dans une école primaire de la Mayenne. Que les gens ont des idées, pas de problème. Qu’ils les expriment devant des enfants qui ne sont pas en âge de dinstinguer le pour du contre, c’est inadmissible »,
peste-t-il.
Sur ce sujet des écoles, Jean-Yves Guérot est revenu, comme il l’avait fait lors de la conclusion de la création de l’Observatoire de lutte contre l’agribashing en Mayenne (relire Agri53 du 3 janvier 2020), sur « les agressions verbales, voire numériques » dont sont victimes « des enfants, dans les écoles », simplement parce qu’ils sont fils ou filles d’agriculteurs. « Pour cela, on attend que l’État nous aide, aide nos enfants. Quelle volonté auront ces jeunes à s’installer plus tard s’ils se font inquiéter dans leur jeune âge ? »
Plus largement, Mickaël Guilloux évoque « la dégradation morale qui n’est pas comptabilisée. Elle est souvent plus importante… »

Alors que faire ?

Après la mise en place de l’Observatoire de lutte contre l’agribashing, que tous saluent, les syndicalistes attendent une loi pour « permettre d’obtenir des sanctions plus fermes contre les malfaiteurs qui s’introduisent dans les exploitations ». Emmanuel Lacombe, conseiller auprès du ministre de l’Intérieur a rappelé qu’en l’état actuel du droit, « la violation de propriété privée se révèle que s’il y a effraction ». La loi pourrait évoluer : « on est en train de mettre en place des
articles de loi qui permettront des poursuites », annonce Emmanuel Lacombe. Ajoutant : « On ne veut pas se cantonner à la violation de propriété privée. On voudrait pouvoir trouver de nouvelles infractions sur le seul fait de s’introduire dans une propriété agricole ». Interrogé par Jérémy Trémeau sur l’existence des mouvements animalistes et anti-spécistes en tant que structures
associatives avec un dépôt de statuts en préfecture, le conseiller du ministre Castaner a répondu
qu’« en l’état du droit, aujourd’hui, on ne peut pas dissoudre une association, un mouvement qui commet ce type d’actions ». C’est bien l’évolution du cadre législatif qui est réclamée par la profession. Michaël Guilloux interroge donc Emmanuel Lambert : « qu’est-ce que l’on est en
droit d’espérer ? Que peut-on dire à nos adhérents, à nos agriculteurs ? » « Le processus législatif est long, répond Emmanuel Lambert, précisant qu’un Livre blanc « doit aboutir pour le printemps ». Ce Livre blanc constitue « le travail préparatoire » à la loi. Mais, ajoute le conseiller, « je ne peux pas m’engager sur un délai pour la loi. Vous pouvez être sûr que vraiment on y travaille… »
Jérémy Trémeau réclame, lui, « un calendrier qui donnerait une vraie vision aux agriculteurs. Ainsi, ils pourront dire « au moins à telle date, le dossier aura avancé ». Il y a tout de même urgence, car, comme l’a souligné Jérôme Landais, les personnes qui s’introduisent dans les
exploitations « sont des extrémistes. Ce ne sont pas des actes de démocratie. »

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