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Faune sauvage
Carla Martinotti sur la piste des choucas des tours

En stage à la Chambre d'agriculture, Carla Martinotti a participé à l'élaboration d'un protocole destiné à estimer la population de choucas des tours en Mayenne. Elle sera sur le terrain jusqu'à mi-juin.

Carla Martinotti est stagiaire à la Chambre d'agriculture de la Mayenne.
Carla Martinotti est stagiaire à la Chambre d'agriculture de la Mayenne.
© TB

Aux cris parfois grinçants du choucas répond, depuis peu, l'accent chantant de Carla Martinotti, étudiante carcassonnaise venue étudier l'espèce en Mayenne. Cette dernière a débuté son stage de fin d'études à la Chambre d'agriculture de la Mayenne le 16 mars dernier. Actuellement en master biodiversité, écologie et évolution à l'UCO d'Angers (49), elle participe à l'élaboration et à la co-construction d'un protocole utile à l'estimation de la population de choucas des tours dans le département*. "Le choucas est présent en Mayenne depuis plusieurs années", rappelle Carla Martinotti, qui indique que "les enjeux sont nombreux" : "Ils sont liés au mode de vie de l'espèce, qui est cavernicole et niche, par exemple, dans les cheminées, les clochers, les façades en pierre... Cela peut détériorer le bâti. Il y a aussi les nuisances sonores. Sans oublier celles qui touchent directement le monde agricole. En effet, le choucas, omnivore, peut engendrer de gros dégâts dans les cultures de maïs notamment lors des périodes de semences et de levées."

Une espèce protégée

Cependant, le choucas des tours est une espèce protégée à l'échelle nationale et européenne. "Il est interdit de détériorer son habitat, et de piéger ou de tuer l'oiseau. On ne peut pas grillager l'accès au nid, ni détruire les œufs. Porter atteinte à un animal protégé ou à son habitat peut coûter jusqu'à 150 000 € d'amende et trois ans d'emprisonnement", développe Carla.

La période de nidification est la plus propice pour observer le choucas. "Le mâle se met avec une femelle pour la vie. Quand les oisillons sont nés, les allers-retours des parents pour les nourrir sont un indicateur assez fort." Le choucas n'ayant aucune difficulté pour s'allier aux corbeaux freux et aux corneilles noires, la jeune femme indique ses caractéristiques pour le reconnaître : "C'est le plus petit des corvidés, avec une longueur d'environ 30 cm de la tête à la queue, contre environ 40 à 45 cm pour les deux autres. Surtout, la tête des adultes est plus grise. Les yeux sont très clairs, voire bleus. Le lieu de nidification est propre au choucas, et son cri se distingue des autres."

Le protocole testé cette année

Pour élaborer le protocole, Carla Martinotti a notamment pu s'appuyer sur des études menées en Bretagne et en Maine-et-Loire, ainsi que sur un sondage mené par la FDSEA 53 en 2024. "Le but est de partir d'impressions et de suppositions récoltées par ce sondage, pour passer à des données fiables et objectives. Il est important de noter que cette étude est la seule voie légale pour obtenir, à terme, des dérogations préfectorales. Sans les chiffres, tout le monde reste bloqué face à la loi", résume-t-elle. Depuis le début de la semaine et jusqu'à fin juin, elle se rendra sur le terrain, dans cinq communes et cinq hameaux (lire encadré) en Mayenne. "Cette année servira de test du protocole sur un échantillon, précise Carla Martinotti. En tout, 30 points, soit 15 communes et 15 hameaux, ont été tirés au sort. L'année 2027, une fois le protocole définitivement acté, pourrait être l'année N sur les 30 points ciblés."

Les observations de la stagiaire de la Chambre d'agriculture et le protocole doivent permettre, à terme, de suivre la tendance populationnelle du choucas en Mayenne, à travers un indicateur de densité de couples. "Il s'agira de suivre les tendances sur plusieurs années pour ensuite mettre en place des solutions permettant de réduire l'impact du choucas sur le bâti et les parcelles, notamment sur les territoires ou communes où la pression du choucas est la plus forte." Comme l'indique Carla Martinotti, "la solution la plus prisée ailleurs est celle d'une demande de prélèvement" : "Cela passe par une demande de dérogation espèce protégée auprès de la préfecture. La consultation du CSRPN (Conseil scientifique régional du patrimoine naturel) est obligatoire mais son avis n'est pas contraignant. La consultation publique est également obligatoire et un bilan des deux consultations est rendu public sur le site de la préfecture. Même si les deux avis sont positifs ou négatifs, un préfet peut décider de prendre une décision contraire."

Elle poursuit : "La dérogation n'est accordée que si le dossier déposé à la préfecture remplit trois conditions inscrites dans la loi : il n'existe pas d'autres solutions satisfaisantes ; la dérogation ne nuit pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle ; elle est justifiée par l'un des motifs prévus par la loi, notamment la prévention de dommages importants aux cultures ou à l'élevage, ou la protection de la santé et de la sécurité publiques. Il est donc important de noter ici aussi qu'il faut donc justifier et caractériser l'imputabilité des dégâts agricoles aux choucas, ce qui est assez difficile à l'heure actuelle."

D'autres solutions peuvent être mises en place : l'engrillagement des cheminées et des ouvertures sur les bâtiments, l'utilisation de canons effaroucheurs qui imitent les cris des rapaces, ou l'utilisation de fauconniers. "Les solutions autres que le tir sont efficaces sur le court terme, mais comme le tir, cela a ses limites. Il n'existe aujourd'hui pas de solution efficace sur le long terme, facile à mettre en place et peu coûteuse pour diminuer l'impact de l'espèce sur les parcelles", précise la jeune femme, que vous serez peut-être amené à croiser ces prochains jours.

 

Application du protocole : les endroits concernés et la manière de procéder

Carla Martinotti a prévu d'appliquer le protocole du 18 mai au 19 juin, sous réserve des conditions météo. "La pluie, le brouillard, ou un vent supérieur à 30 km/h compliquent les choses, précise-t-elle. Il faut aussi être sur le terrain le matin, de quinze minutes après le lever du soleil jusqu'à la fin de matinée, soit la période d'activité la plus importante pour l'espèce."

Voici les cinq villes concernées : Martigné-sur-Mayenne, Saint-Georges-le-Fléchard, Cossé-le-Vivien, Laval et Saint-Pierre-la-Cour. Et les cinq hameaux : La Chapelle-au-Grain (Saint-Georges Buttavent), bourg de Nuillé (Soulgé-sur-Ouette), Saint-Germain-de-l'Hommel (Fromentières), Saint-Aignan (Gennes-sur-Glaize), Molière (Chemazé).

En ville, Carla Martinotti, qui pourra être accompagnée d'un élu du conseil municipal afin d'expliquer sa présence aux administrés, travaillera de la manière suivante : "Je commence par l'église ou la cathédrale, et je tourne autour avec mes jumelles afin de compter les nids. Puis je circule dans un rayon de 200 mètres autour, qui englobe le centre bourg historique, dans chaque rue, et je note l'adresse postale ou les coordonnées GPS en cas de présence. Je serai toujours à pied, sur la voie publique." Pour les hameaux, il s'agira de faire le tour du clocher ou du bâti religieux, et de prospecter dans toutes les rues.

Chaque mairie concernée sera prévenue de la venue de Carla Martinotti par courrier quelques jours avant, et par un appel téléphonique la veille au plus tard.

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