28 septembre 2018 à 14h00 | Par Vincent Gross

L'herbe d'automne en huit questions

Vrai/Faux À l'heure où la pousse de l'herbe est faible, il est plus que jamais de circonstance de se poser des questions quant à la valorisation (ou non) de l'herbe d'automne. Voici un panorama de questions courantes que se posent les éleveurs, et quelques éléments de réponse.

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1 -L'herbe d'automne est de mauvaise qualité : faux.

Contrairement aux idées reçues, l'herbe d'automne est en général de très bonne qualité. En effet, surtout après un été chaud et sec, ce sont de nouvelles plantes, ou du moins de nouvelles ramifications qui repoussent. Il en résulte donc que l'herbe d'automne n'a rien à envier à l'herbe de printemps. La seule différence étant que du fait qu'elle dispose de moins d'eau, elle est plus sèche sur pied.

2 -L'herbe est peu productive à l'automne : vrai et faux.

Cas où c'est vrai. Lorsque l'été se prolonge, que les précipitations se font rares, et que l'hiver arrive rapidement, il est possible que le volume d'herbe produit à l'automne soit bas. Il représente alors environ 10 à 15 % de la production annuelle de la prairie, soit 500 à 800 kgMS/ha.

Cas où c'est faux. Depuis les années 2000 sur la région, il a été montré que la productivité moyenne de l'herbe à l'automne est de l'ordre de 25 à 30 % du volume annuel, soit entre 1,5 et 2,7 tMS/ha selon les potentiels de production. Tout dépend donc de la physionomie de l'automne, mais c'est souvent faux...

3 -L'herbe est difficile à récolter en fauche à l'automne : vrai.

En effet, à l'automne, l'ensoleillement et la durée du jour diminuent, et l'hygrométrie augmente (surtout à la levée du jour). De même, le risque de pluie s'accroît entre septembre et décembre. Ainsi, à moins de profiter d'un créneau particulièrement favorable, il est très difficile de prévoir sereinement une récolte d'herbe conservée. Même pour un mode de récolte relativement souple comme l'enrubannage, il n'est pas rare de s'exposer à des risques de mauvaise conservation du fourrage s'il n'atteint pas un minimum de 30 % MS au moment de la récolte.

4 -L'herbe pâturée à l'automne pénalise la qualité et/ou la productivité de la prairie au printemps suivant : vrai et faux.

Cas où c'est vrai. Si l'herbe est surexploitée à l'automne, c'est-à-dire que sa hauteur est inférieure à 4-5 cm après la fauche ou le pâturage, les réserves des plantes seront insuffisantes pour redémarrer rapidement au printemps suivant. En parallèle, les adventices disposeront de plus d'espace pour se développer dès la fin de l'hiver. De même, une exploitation dans de mauvaises conditions de portance peut mettre en péril certaines espèces de haute valeur fourragères.

Cas où c'est faux. Il a été démontré en essai que si l'herbe est correctement exploitée, et dans des conditions de portance acceptables, l'impact sur la production d'herbe au printemps suivant est nul (Institut de l'élevage/CA85, 2003). En matière de qualité, la proportion de trèfle blanc peut être augmentée s'il dispose de plus de lumière au printemps et augmente la qualité générale de la prairie.

Dans ce cas, tout dépend de l'utilisation de la prairie à ce moment...

 

5-A l'automne, les vaches préfèrent l'auge à la pâture : vrai et faux.

Cas où c'est vrai. En effet, si vous avez pour habitude de distribuer intégralement votre ration à l'auge dès le matin, et que vous limitez le temps de pâturage (2-3 h/j), vous risquez de vous confronter à des refus.

Cas où c'est faux. À l'inverse, si l'ingestion d'herbe pâturée est stimulée par une faible distribution de fourrages à l'auge, et/ou que la part d'herbe est plus importante (au moins 4-5 kg de MS/VL/j), alors il sera plus facile pour le troupeau de valoriser cette herbe.

Pour quantifier le « temps de pâturage » nécessaire à l'ingestion d'une quantité d'herbe fixée, l'Inra a publié la référence suivante.

 

6 -Le risque de troubles digestifs est élevé à l'automne : vrai.

Du fait de sa richesse en azote soluble, et de sa relative faiblesse en énergie et en fibres, le risque de météorisation n'est pas à exclure, surtout si la prairie pâturée est riche en légumineuses (trèfles). Cependant, si l'ingestion d'herbe est contrôlée, 5-6 kgMS, et si la ration distribuée en complément est suffisamment fibreuse, ce risque est quasi inexistant. Pour éviter tout risque, un apport de fourrage fibreux, ou d'ensilage de maïs avant le pâturage permettra de tamponner le rumen. Attention également à respecter une transition si l'accès à l'herbe a été supprimé durant l'été.

7 -Il est nécessaire de laisser les prairies au repos l'hiver : vrai.

Pour les mêmes raisons que précédemment, laisser une action de pâturage se dérouler en hiver engendrera deux risques majeurs. D'une part, le surpâturage entraînera une perte importante de réserves pour les plantes. D'autre part, le fort piétinement entraînera la disparition de nombreuses plantes. Pour ces deux raisons, il est recommandé de laisser au repos les prairies au minimum 2 mois lorsque la pousse s'est arrêtée. Ainsi, si l'automne se prolonge longtemps (jusqu'au 15 décembre par exemple), il n'est pas recommandé d'y retourner avant le 15 février, même pour un déprimage précoce.

8 -Économiquement, il est intéressant de faire pâturer de l'herbe à l'automne : vrai.

Globalement, il est toujours intéressant d'exploiter une ressource fourragère si elle n'a pas d'impact sur l'année fourragère suivante. Cependant, l'herbe, même pâturée à un coût, qu'il convient de comparer avec les bénéfices potentiels à en tirer.

 

Retrouvez les tableaux complets dans votre Agri53 n° 137 du 28 septembre 2018

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