22 novembre 2018 à 15h00 | Par Etienne Fruchet et Emilie Hercé

Ensilages de maïs : les conséquences de la canicule

L'épisode de sécheresse et les températures caniculaires ont accéléré la maturité du maïs et donc avancé la date de nombreux chantiers d'ensilage. Bien qu'il soit difficile, de statuer définitivement sur les rendements et la quantité des maïs 2018, plusieurs observations et hypothèses peuvent être formulées.

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- © CA53

o Une canicule sans répit ! Le mois de septembre a atteint le record du mois le plus sec avec 87 % des précipitations en moins et 1,5 à 3 °C de plus sur les mois de juillet à septembre, par rapport aux moyennes (1981-2010). Suivant ces conditions, deux types d'impact ont pu avoir lieu sur le maïs : un stress hydrique, au moment de la floraison et fécondation, qui réduit le développement des épis (moins de grains fécondés) et limite la migration des éléments nutritifs vers le grain. Ce manque d'eau conduit également à réduire la production de matière sèche. À cela s'ajoute également un stress thermique qui entraîne une lignification plus importante de la tige.

o Quels impacts sur vos animaux ? Les conséquences sur la production et la qualité sont très variables en fonction des dates de semis et de la réserve hydrique des sols, ainsi que de la date de récolte. La situation en termes de rendements semble, également très hétérogène en fonction du secteur.

o Un maïs peu concentré, mais riche en fibres digestibles. D'après les premiers retours sur les analyses de maïs ensilage faites en vert, les résultats sont plutôt surprenants (lire le tableau). En effet, nous nous attendions à avoir un maïs peu digestible, comme en 2016, au vu de la sécheresse et donc à des maïs peu ingestibles, encombrants et peu amidonnés.

Moyenne 2018

Extrêmes 2018

Valeurs normales

Inra 2018

MS en %

35,8

28,7 - 44,6

33 à 35

UFL/kg de MS

0,89

0,79 - 1,01

0,87 à 0,94

MAT en g/kg de MS

55,6

39,2 - 69,2

70 à 80

Cellulose brute en g/kg de MS

191,5

121,5 - 266,3

180 à 220

Amidon en g/kg de MS

293,3

132,6 - 474,5

250 à 350

UEL/kg de MS

1,00

0,90 - 1,10

0,95 à 1,15

dmo en %

70,5

65,8 - 75,7

69 à 73

Dmo non-amidon en %

57,4

48.5 - 65,2

55 à 61

% de grain

44,3

23,7 - 62

42,5 à 51

NDF en g/kg

450

359 - 547

400 à 500

ADF en g/kg

211

137 - 290

180 à 250

Fibres digestibles en g/kg

237

100 - 383

200 à 240

 

D'après les premiers résultats du Larca, le maïs 2018 est très hétérogène. À quelques exceptions près, il est limité en énergie et très pauvre en azote. Contrairement aux prédictions, il est relativement riche en amidon, mais très souvent des amidons difficiles à valoriser dans le rumen, dus au stade souvent avancé du grain au moment de la récolte. En ce qui concerne sa teneur en fibres, elle est relativement élevée. Pour ce qui est de leur digestibilité, elle est en général élevée. Certes, la phase non digestible (lignine surtout) est fortement présente, mais la phase la plus digestible des celluloses est particulièrement abondante, à l'exception des maïs les plus secs. La phase peu digestible des celluloses est quant à elle dans la normale. Ainsi, le risque d'acidose est limité, et en entretenant une flore cellulolytique importante dans le rumen, le potentiel de valorisation de ce type de fibres est élevé.

o Une complémentation à adapter. Au vu des premiers retours que l'on a chez ceux qui ont entamé leur maïs de 2018, à moins d'adopter une complémentation tant énergétique que protéique adaptée, la réponse au tank est globalement décevante en volume, mais pas en termes de taux.

Dans le cas où le niveau global de complémentation a augmenté par rapport à l'an dernier, avec l'objectif de produire le même volume, il se maintient, comme attendu. Par contre, les premiers contrôles laitiers effectués dans ce cadre mettent quasiment tous en évidence des évolutions de taux favorables, tant du TB que du TP. En effet, la forte teneur en celluloses digestibles dans le maïs fait que les flores du rumen sont en mesure de synthétiser de nombreux précurseurs d'acides gras. De même, la teneur correcte en amidon, et sa faible dégradabilité dans le rumen font qu'il est possible de valoriser une quantité importante de glucose par les intestins, et donc de réduire le recours aux acides aminés simples dans le métabolisme énergétique de la vache. Ainsi, potentiellement, le volume de précurseurs de protéines dans la mamelle est augmenté, ce qui influe positivement sur le TP. Ainsi, cette année, autant il peut être coûteux de maintenir un haut niveau de production, au vu de la faible concentration des maïs, autant le potentiel de valorisation du lait par les taux est possible.

o Comment ? Sur les rations relativement fibreuses (avec une forte proportion d'herbe conservée), par un apport raisonnable d'énergie rapidement dégradable (une céréale), soit par un apport combiné de fibres et d'énergie. Dans ce cas, plusieurs cas de figure sont possibles, le meilleur produit étant a priori la betterave fourragère.

Ainsi, bâtir une stratégie d'alimentation plus modeste avec des objectifs de production plus bas pourra s'avérer payante si la baisse de production se traduit par des compensations par des effets de taux.

o Analyse des valeurs alimentaires et vérification du niveau d'ingestion, indispensable. Au regard de ces éléments, une analyse des valeurs alimentaires sera indispensable pour statuer sur la qualité de ses maïs. Si des prélèvements en vert ont été effectués par échantillonnage à la récolte, ceci permettra d'avoir une vision représentative de la qualité globale. Des analyses sur fermenté en cours de consommation pourront également s'avérer utile, notamment dans le cas de parcelles hétérogènes à la récolte. Enfin une estimation précise des quantités ingérées plusieurs fois dans l'hiver sera indispensable pour affiner au plus juste le rationnement, notamment en ajoutant de l'eau à l'auge dans le cas des maïs particulièrement secs.

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