Agri53 04 avril 2019 à 08h00 | Par GM

Afdi : « sans intérêt économique pour le producteur, rien ne dure »

Toujours riches les échanges aux rendez-vous de l'association solidaire Afdi Pays de la Loire. Lors de son assemblée générale, il fut question notamment d'un projet de culture de soja bio au Burkina Faso en lien avec Terrena, mais aussi des grands enjeux de l'agriculture mondiale.

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- © GM

« Il y a des personnes qui croient encore en l'agriculture, nous devons être de celles-là. » Lorsque Mariétta Merieau-Berteau, présidente d'Afdi Pays de la Loire, conclut l'assemblée générale de l'association, le message appelle à ne pas baisser les bras, que l'on soit paysan du continent africain autant qu'exploitant ligérien ou retraité. Depuis trente ans Afdi Pays de la Loire construit des partenariats entre les mondes agricoles français et ceux du Burkina et depuis sept ans avec les jeunes agriculteurs de Sened en Tunisie.

Récemment l'association a réorienté ses axes de travail. Jusqu'en 2025, ils sont ciblés sur le renforcement des relations avec les organisations professionnelles agricoles ligériennes et la redéfinition de son soutien dans ses pays partenaires. Les échanges entre milieux agricoles des deux continents font toujours la force d'Afdi : en 2018 dix producteurs burkinabés et tunisiens (dont cinq femmes) ont été accueillis dans les cinq départements durant deux mois ; deux voyages d'études ont permis à 36 Ligériens (dont un groupe Geda Est-Vendée) de se rendre au Burkina ; à cela s'ajoutent cinq missions d'expertise dans ce pays ; sept missions avec la Tunisie. Ces échanges ont des objectifs différents, mais précis communs ou non aux pays partenaires : étudier la mise en place de Cuma, accompagner au renforcement à la gestion administrative, analyse de l'usage des nouvelles technologies...

Le soja fait débat

Ambition marquante de 2018, Afdi planche sur la mise en place d'une filière plantes aromatiques et médicinales bio dans la région tunisienne de Sened. Trois professionnels angevins (producteur, transformateurs) sont partis en missions en avril 2018. Mais c'est concernant un autre projet que le débat s'est vite engagé. La coopérative Terrena, partenaire historique d'Afdi, veut développer ses approvisionnements en protéines bio... et pourquoi pas avec des paysans burkinabés puisque le pays est un gros producteur de soja ? Elle a donc proposé à Afdi d'être l'intermédiaire de cette réflexion menée avec les acteurs professionnels africains. Quand certains membres d'Afdi y voient l'opportunité d'un développement en phase avec les besoins et attentes des paysans locaux, d'autres appellent à la vigilance face à des intérêts peut-être non compatibles dans la durée. Finalement c'est un responsable du végétal de Terrana, présent dans le public, qui mettra tout le monde d'accord assez simplement, au moins sur un postulat : « sans intérêt économique pour le producteur, rien ne dure ». Le décor était posé pour s'emparer de la conférence-débat de l'après-midi : « Quelle place à l'agriculture dans les choix stratégiques, géopolitiques et commerciaux des Etats ? ».

Pour éclairer l'assemblée, Afdi avait invité Matthieu Brun, consultant du club Demeter spécialiste des questions agricoles et agroalimentaires internationales, Jérôme Calleau, président de la Cavac et d'InVivo (rassemblant 200 coopératives agricoles françaises et membre du Club Demeter).

En 2050...

Pression démographique, changement des exigences des consommateurs, bouleversements climatiques, raréfaction du foncier et des ressources en eau... En parcourant le globe, Matthieu Brun a fait comprendre à quel point nos continents sont interconnectés et les enjeux agricoles immenses. En 2050, les besoins alimentaires de la planète auront fait un bond +50 % alors que seulement les surfaces agricoles auront progressé que de 4 %. « Dans un pays comme l'Égypte, la croissance démographique est rapide, mais ses capacités de production sont très restreintes. Elle est déjà le plus gros importateur de blé au monde avec 11 Mt par an » prend pour exemple le chercheur. Il ajoute répondant aux questions liées à l'autonomie alimentaire : « Pour L'Égypte, la question n'est pas si elle pourra garantir ses importations en blé. Elle doit ! Sinon elle met en péril son équilibre économique et sa stabilité politique. » Et pour l'instant c'est la Russie redevenue une puissance agricole qui en fait son meilleur ami commercial. Jérôme Calleau acquiesce, abonde et dénonce les utopies occidentales : « Un pays qui veut se suffire de son marché intérieur devient vite dépendant des importateurs ! » Le président de la Cavac pointera à plusieurs reprises « une France qui ne veut plus faire de l'agriculture son fer-de-lance » alors qu'elle a « d'énormes atouts pédoclimatiques et produit de la qualité, de la durabilité ». La sécurité alimentaire ne résonne pas partout pareil.

 

 

- © Anjou Agricole

Quel usage des nouvelles technologies ?

Hervé Pillaud agriculteur membre du comité national du numérique et président délégué à la Chambre d'agriculture des Pays de la Loire jusqu'aux dernières élections, était en mission dédiée aux nouvelles technologies au Burkina Faso en décembre.

« Dans ces pays du Sud comme le Burkina, nous apportons de la haute technologie pas vraiment adaptée à leurs besoins. (...) Leur utilisation des drones est très différente de celle que l'on applique ici. Le survol leur permet de délimiter plus facilement la surface des parcelles, de mieux identifier le niveau des pentes des terres pour cultiver dans le bon sens et installer les diguettes comme il faut. Ils utilisent aussi les drones pour optimiser le désherbage, mais pas forcément pour réduire les dosages comme je l'imaginais... L'agriculteur rencontré là-bas m'a expliqué que le drone lui avait permis de repérer que ses enfants qui travaillent à la main dans ses parcelles de maïs ne désherbaient pas le centre du champ ! Eh ! Bien une fois cela identifié et rectifié il a augmenté ses rendements de 15 quintaux ! » (...) »

« Les Africains ont de réelles compétences en matière de technologies numériques, mais les décideurs préfèrent faire confiance aux compétences étrangères, américaines ou européennes. Il faut réussir à changer cela, d'autant plus que les propositions des Occidentaux peuvent coûter cher et peuvent être totalement en décalage avec les réalités de terrain. »

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