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Lettre ouverte : FRSEA - JA Pays de la Loire

Pauline COLLET GASTINEL
Le 30/11/2015 à 17:53 I Soyez le 1er à déposer un commentaire

Jusqu’où faut-il descendre les prix agricoles pour espérer une réaction ?!

Pendant tout le printemps et l’été 2015, les agricultrices et agriculteurs n’ont eu de cesse de dénoncer les baisses de prix, les problèmes de revenu sur les exploitations, le manque de trésorerie chronique. Ces actions, particulièrement nombreuses en Pays de la Loire et dans le Grand Ouest de façon générale, ont trouvé leur apogée le 3 septembre à Paris et le 7 septembre à Bruxelles.

Les tables rondes nationales du début de l’été et les annonces convaincantes du 1er Ministre le 3 septembre au soir laissaient augurer à la fois une action volontariste sur les prix des productions agricoles, des aides pour permettre aux plus en difficulté de passer le cap et une « pause normative » tant souhaitée des agriculteurs. Les agriculteurs y ont cru. Et aujourd’hui les agriculteurs sont déçus, voire abattus.

Les aides. Oui, il y a eu des enveloppes pour prendre en charge des frais financiers ou limiter certaines charges. Et la FRSEA et JA reconnaissent qu’en ces temps de disette budgétaire nationale, les enveloppes du Fonds d’Allègement des Charges (FAC) et de prise en charge de cotisation sociales représentent un véritable effort. Mais en Pays de la Loire, ce sont plus de 5 000 agriculteurs qui ont demandé un soutien à la cellule de crise ! Les enveloppes financières ne suivent plus tant la crise est grave ! Et quel décalage entre les annonces du Premier Ministre et la réalité vécue sur le terrain :

· Où est « l’année blanche » tant promise par le gouvernement pour « tous les éleveurs qui en feront la demande » ?!

· Où est l’exonération de la Taxe sur le Foncier non Bâti (TFNB) pour les exploitants non propriétaires (la majorité des agriculteurs en Pays de la Loire) ?!

· Où est la mesure permettant de baisser ses charges sociales en adoptant une assiette annuelle et non triennale ? Il faut reconnaitre que cette mesure existe : elle est réservée aux agriculteurs ayant un revenu 2014 inférieur à 4184 € ! C'est-à-dire moins de 350 € par mois de revenu !

Bien sûr les aides sont utiles ; mais elles sont des rustines, des moyens de passer une passe difficile ; elles ne peuvent pasremplacer des prix permettant de couvrir les coûts de production ! Si les prix ne remontent pas très vite, ce serait du gaspillage d’argent public.

La pause normative : parlons-en ! Nous reconnaissons que la négociation sur le SDAGE s’est mieux terminée qu’elle n’avait commencé : l’annonce du 1er Ministre n’y est surement pas étrangère. Mais quel agriculteur connait le SDAGE ? Au 25 novembre 2015, quel changement cela génère-t-il sur les exploitations agricoles ? Aucun. Par contre, les contrôles continuent ; les dossiers à remplir sont toujours plus complexes ; les mesures de simplification sont toujours annoncées mais jamais mises en œuvre, … 

Les prix : la main sur le cœur, les distributeurs, les transformateurs, les pouvoirs publics ont promis en juin des cours plus élevés. Les agriculteurs les ont crus, car en agriculture une parole donnée est une parole tenue. Quelle erreur ! Quelle naïveté !

· En porcs, après quelques semaines de redressement au début de l’été, les cours dégringolent depuis le mois de juillet. Aujourd’hui, l’éleveur est payé à moins de 1,1 €/kg et rien ne semble vouloir arrêter la baisse ; certains prévisionnistes parlent d’un porc à moins de 1 € par kg… alors que les éleveurs ont des coûts de production de 1,35 € en moyenne ! Aucune aide, aussi importante soit-elle, ne peut combler ces gouffres financiers. Nos produits n’auraient-ils donc plus aucune valeur ?!

· En viande bovine, le prix des vaches est très inférieur aujourd’hui à ce qu’il était en juin au moment des promesses de hausse ! Seuls le cours des jeunes bovins a repris quelques couleurs depuis le mois d’octobre, en lien avec une reprise des exportations. Le prix du broutard s’est effondré début novembre. Sans compter des relations détestables au sein de la filière et une attitude méprisante de certains gros opérateurs.

· En lait, les prix baissent depuis quasiment un an et demi avec des indicateurs pour les mois à venir toujours en négatif. La contractualisation, en laquelle les responsables syndicaux ont cru, ne donne pas les résultats espérés et est clairement remise en cause par certaines très grosses entreprises privées.

· En volailles de chair, les entreprises refusent de revaloriser le prix payé aux aviculteurs alors que la rotation du nombre d’animaux est toujours plus rapide entrainant des risques sanitaires plus élevés et des charges opérationnelles croissantes, supportées uniquement par les éleveurs.

· En œufs de consommation, les acteurs de la grande distribution refusent de revaloriser le prix des œufs alors que les marchés sont porteurs ; pourtant les charges de productions augmentent constamment liées à la mise aux normes des cages pour les poules.


Jusqu’où faudra-t-il que les prix agricoles baissent pour espérer une réaction ? A partir de combien de producteurs laissés sur le bord de la route aura-t-on un sursaut ? Quel projet pour l’agriculture régionale ont les entreprises, les élus politiques ?! Une agriculture sans éleveurs ? … Nous n’acceptons pas cette perspective.

Les solutions sont pourtant connues et de bon sens :

· Il faut d’abord reconquérir tous les marchés intérieurs que nous avons perdus, dans la restauration hors domicile ou les Grandes surfaces ; l’étiquetage des produits – qui a progressé pour les produits frais – doit être systématiquement généralisé ; il doit être mis en place de façon volontariste pour les produits transformés

· L’exportation, avec des stratégies collectives de filière, doit être renforcée

· Il faut baisser les couts de production des exploitations et des outils de transformation pour revenir à égalité de charges avec nos concurrents européens

· Il faut intensifier la politique de modernisation des exploitations et des outils de transformation pour gagner en compétitivité et en conditions de travail

· Il faut aller vers plus de contractualisation dans toutes les productions, du producteur au distributeur

· Il faut intensifier l’innovation, dans les exploitations agricoles et surtout dans les industries agro-alimentaires

· Il faut diminuer les normes franco-françaises en tout genre qui plombent la compétitivité et démoralisent les acteurs économiques de toutes les filières

Beaucoup d’agriculteurs sont démoralisés, ne croient plus ni en l’avenir ni dans la parole publique ; le nombre d’installations va baisser en 2015, ce qui est un signe de malaise et de mal-être.

La FRSEA et Jeunes Agriculteurs ne peuvent se résigner au fatalisme. Nous en appelons à un sursaut de tous ceux qui ont un ou plusieurs leviers pour faire bouger les choses : les responsables politiques, les entreprises de transformation, les distributeurs, mais aussi les citoyens.



   

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