Agri53 24 octobre 2019 à 10h00 | Par Alexandra Foussard

« Si c’était à refaire, on referait pareil »

Jeudi 17 octobre, le syndicat Jeunes Agriculteurs de la Mayenne organisait une journée « Demain je transmets » destinée aux futurs cédants, désireux de transmettre leurs exploitations en installant des jeunes.

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La journée s’est déroulée dans un des bâtiments de l’exploitation de Gaëtan Godemer.
La journée s’est déroulée dans un des bâtiments de l’exploitation de Gaëtan Godemer. - © AF

À Cossé-en-Champagne, Gaëtan Godemer a repris en avril 2017 l’exploitation de M. et Mme Joly. Une transmission « qui s’est très bien passée » aux dires du cédant et du repreneur. Après une matinée de « forum transmission » où les futurs cédants avaient la possibilité de rencontrer les différents organismes partenaires pouvant intervenir dans la transmission de leur exploitation, l’après-midi était consacré au témoignage de Gaëtan Godemer et Michel Joly.

 

« Soit on veut transmettre, soit on veut un prix »
« Il n’y a pas pire que celui qui n’ar-rive pas à transmettre », explique Michel Joly. Désireux d’installer un jeune, Michel Joly et son épouse ont bien anticipé la transmission de leur exploitation : « on a vendu le noyau, car moi je n’aurai jamais aimé travailler dans des bâtiments que je loue. On a gardé les terres, car cela reste un capital et ça sécurise notre revenu car les retraites ne sont pas élevées. Et puis ça évite pour le jeune d’avoir trop de capitaux et de rendre la transmission possible, sinon on n’installe personne et ça part à l’agrandissement. Quand on part en retraite, soit on veut transmettre, soit on veut un prix », commente-t-il.



Michel Joly et Gaëtan Godemer
Michel Joly et Gaëtan Godemer - © AF

« Mettre de l’eau dans son vin »
Bien qu’on lui ait déconseillé de faire un stage parrainage, Gaëtan a réalisé six mois de stage de par-rainage sur l’exploitation avant de s’installer, un stage qu’il conseille fortement : « mon stage s’est bien passé, mais je pense que ça se fait avec des personnes intelligentes. Quand je suis arrivé, j’ai un peu bousculé les choses, m’installant hors cadre familial, avec un écart de génération et des gens qui sont habitués à travailler à leur manière. J’ai mis de l’eau dans mon vin, les cédants aussi et on a trouvé un terrain d’entente qui était super in-téressant. Il faut jouer le jeu, être in-telligent et pas trop borné, autant le cédant que le jeune. Il faut concilier les méthodes du cédant et les en-vies du repreneur. Si c’était à refaire, on referait pareil ».

ILS ONT DIT

 

• Laurence Bourdin, conseillère Transmission à la Chambre d’agriculture de la Mayenne

« La Chambre d’agriculture a un rôle d’accompagnement au-près des futurs cédants. Le profil des gens autour se situe entre 57 et 62 ans. Un projet de transmission, c’est une méthode. C’est quoi transmettre une exploitation, une exploitation c’est un outil de travail, c’est des bâtiments d’exploitation, c’est du foncier, du cheptel, du matériel, des stocks, des avances aux cultures. C’est aussi une maison. Transmettre son exploitation, c’est aussi préparer une offre. L’offre c’est quoi, qu’est-ce qu’il y a dedans, c’est libre quand, quel prix on demande, les proprié-taires suivent ou pas, c’est tout ça. Le point info transmission de la Chambre d’agriculture oriente les futurs cédants selon les besoins vers des experts. Le répertoire départ installation est un outil qui par la suite permet des mises en relation ».

 

• Christophe Brunet, conseiller foncier à la Safer Pays de la Loire

« La Safer facilite la transmission des exploitations agricoles et intervient sur le marché foncier, essentiellement sous forme de vente et au travers des intermédiations locatives que l’on peut opérer dans le cadre de transmission. Nos missions sont tout d’abord de rencontrer les cédants, on évalue les biens, le foncier et les bâtiments. On rencontre les propriétaires du foncier, car il est essentiel de connaître les intentions des pro-priétaires puisqu’une exploitation n’a de valeur que si le foncier suit bien l’exploitation. Le but étant de lier reprise du siège et transmission de l’exploitation ».

 

• Marie-Cécile Clavreul, juriste à la Fdsea de la Mayenne

« Le service juridique de la Fdsea intervient (conseils et rédactions d’actes) sur les questions foncières, successorales, de contractualisation, et sur des sujets plus administratifs et réglementaires ».

 

• Florence Laurent, conseillère sociale à la Msa

« Notre mission c’est d’accompagner au mieux les futurs retraités. Dès 55 ans, ils peuvent venir en rendez-vous à la Msa pour que l’on estime leur départ à la retraite, voir leur carrière, faire un bilan. Pour les jeunes qui vont s’installer, on propose un rendez-vous à domicile pour l’immatriculation jeune agriculteur et on explique tous les droits qu’ils ont par rapport à la Msa ».

 

• Jean-François Denancé, chargé d’expertises au marché de l’agriculture du Crédit Agricole

« Pour une bonne transmission, si tout est réuni, avec un re-preneur clair, un projet clair, qui colle au profil du jeune, si la charge de travail, la viabilité économique et financière de la reprise sont cohérentes, la banque pourra se positionner rapi-dement. Pour les cédants, on intervient également en termes de choix fiscaux et patrimoniaux. C’est une belle histoire votre installation, parce que tout le monde s’est donné les moyens ».

 

• Laurent Lenormand, responsable de l’agence Cer France de Meslay du Maine

« Pour le cédant, on intervient au travers de la réflexion à mener sur la transmission de son entreprise : la valeur de l’entreprise, la destination des terres, s’il est propriétaire ou non. Des enjeux au niveau fiscal, notamment en termes d’imposition, au niveau patrimonial, avec la vente de son entreprise, est-ce que ce n’est pas le moment de transmettre aussi son patrimoine à ses enfants. Au niveau du repreneur, on agit sur les mêmes sujets, mais pas sur la même phase de vie : est-ce que l’exploitation est viable, est-ce qu’il pourra vivre décemment de son métier, est-ce qu’il s’installe en individuel ou en société,  quel régime fiscal, à quelle date de clôture.  Est-ce qu’il achète la maison d’habitation, seul, avec son conjoint, son concubin, son époux ou épouse… c’est toutes ces questions que l’on peut traiter avec des conseillers dédiés ».

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