Agri53 16 janvier 2020 à 09h00 | Par Anne-Monique Bodilis et Charlotte Lafon, Arvalis

Semis tardifs de céréales : les recommandations d'Arvalis

Qu’est-il possible d’envisager et qu’en attendre en termes de rendement grain et paille ?

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- © Réussir

Les conditions très pluvieuses de l’automne et de ce début d’hiver ont très fortement compliqué les chantiers de semis, n’offrant que de rares fenêtres pour envisager les semis de céréales d’hiver dans de bonnes conditions. Localement, de nombreuses parcelles ne sont pas encore semées ou ont très mal levé, et se pose alors la question de la culture à mettre en place pour cette campagne.

La décision finale doit être un compromis entre potentiel de l’espèce sur la parcelle à la date de semis envisagée, marge économique accessible et maintien d’un équilibre dans l’assolement.

• Des cumuls de pluies très excédentaires depuis le mois de septembre

Depuis le 20 septembre dernier, nous assistons à un régime de pluies quasi ininterrompues, exception faite de rares créneaux au cours desquels nombre de semis ont eu lieu. L’automne 2019 se classe parmi les plus arrosées de ces 20 dernières années.

Semer une céréale à paille est encore envisageable. Il sera néanmoins indispensable d’adapter l’itinéraire technique à ce contexte de semis très tardif.

• Le choix d’espèce et de variété

Il est encore possible de semer certaines variétés de blé tendre d’hiver jusqu’à mi-février, en raison de leur alternativité, de leur précocité à maturité et en synthèse, de leur potentiel accessible correct en semis tardif. Le tableau ci-dessous récapitule les variétés encore envisageables dans notre région selon la période de semis en sortie d’hiver. Pour un semis postérieur au 15 février, il est conseillé de se rabattre sur des céréales de printemps. L’orge de printemps offrant une productivité supérieure à celle d’un blé de printemps.
En sol sensible à l’excès d’eau et à ressuyage lent, les fenêtres propices au semis sont souvent rares en sortie d’hiver. Dans ces situations, il semble plus opportun de se tourner vers une culture de printemps.

• La densité de semis entre 350 et 400 grains/m²

Les capacités de tallage étant réduites en semis tardif, il est préconisé de semer à une densité de 350 grains en sols de limon si les conditions de semis sont optimales, 380 à 400 en conditions plus difficiles et en sols argileux.

• Une protection et une fertilisation ajustées compte tenu de la pression attendue et du potentiel plus faible :

-        Une surveillance rapprochée des limaces jusqu’au stade 3 feuilles ;

-        Une dose d’engrais azoté ajustée au potentiel de rendement plus réduit ;

-        Une stratégie de désherbage à adapter. Attention notamment aux limites réglementaires d’utilisation des spécialités d’automne. Certaines sont utilisables jusqu’à un certain stade (exemple : Battle Delta utilisable jusqu’à BBCH13), alors que d’autres auront une date limite d’application (exemple : Fosburi, Merkur : utilisables jusqu’au 31 décembre). Enfin, les céréales semées à partir de janvier sont considérées comme des céréales de printemps sur lesquelles il n’est réglementairement possible d’appliquer que des produits homologués pour cet usage ;

-        Un seul traitement fongicide à dernière feuille étalée.

 

• Que peut-on espérer d’une céréale semée très tardivement en termes de rendements grain et paille ?

Les références des essais Arvalis en Pays de la Loire montrent qu’à partir de janvier, le potentiel de rendement d’une céréale d’hiver commence à être sérieusement pénalisé : les pertes de rendement sont à minima de l’ordre de 30 à 40 % par rapport à un semis de fin octobre en bonnes conditions.

La difficulté réside également dans le faible nombre de jours disponibles pour réaliser précocement en sortie de l’hiver des semis en bonnes conditions, dans nos sols de limon ou d’argile à ressuyage lent. Dans ces sols, il faut souvent attendre mars voir début avril pour pouvoir semer. À cette période, les pertes de potentiel attendues sont encore plus importantes : de 40 à 60 % selon le retard du semis et l’échaudage de mai-juin. Il est donc nécessaire de bien évaluer l’intérêt technico-économique de produire une céréale à paille en fonction de la valorisation commerciale potentielle, des besoins en paille sur l’exploitation et de l’équilibre des assolements.

Concernant la paille, la perte est corrélée à la perte de rendement grain. Le tableau ci-dessous donne des indications quant au rendement en paille que l’on peut espérer atteindre selon l’espèce pour des rendements grains de 40, 50 ou 60 quintaux.

 


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