Agri53 18 juillet 2019 à 10h00 | Par Vincent Gross

Quand le Mercosur et le Ceta s’invitent au tour de table

Après la découverte d’un élevage de porcs, le préfet Jean-Francis Treffel s’est rendu, lundi dernier, chez Jérôme Landais. Le président de la Fdsea de la Mayenne lui proposait un tour de table sur les sujets d’actualités liés aux accords internationaux, à l’irrigation, au Pcae, aux agriculteurs en difficulté.

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Après le tour de table, le préfet a visité l’exploitation laitière du président de la Fdsea de la Mayenne Jérôme Landais.
Après le tour de table, le préfet a visité l’exploitation laitière du président de la Fdsea de la Mayenne Jérôme Landais. - © VG

C’est le président de la Fdsea de la Mayenne et hôte de cet après-midi d’échanges à Saint-Denis d’Anjou, Jérôme Landais qui a introduit le tour de table pour faire remonter au préfet Jean-Francis Treffel de nombreux points d’actualité de l’agriculture mayennaise.

• Volailles. Jean-Yves Guérot, éleveur de volailles à Changé, élu à la Chambre d’agriculture de la Mayenne et membre de la Confédération française de l’aviculture, a rappelé les inquiétudes de sa profession face aux accords avec le Mercosur et le Canada. « Avec le Mercosur, 180 000 tonnes de volailles vont arriver en Europe », indique-t-il. Pour lui, cette arrivée risque fort de renforcer la part de la volaille dans la restauration hors domicile qui atteint déjà, en France, 82 %, avec « des produits moins chers et non tracés ». « Comment peut-on faire des États généraux de l’alimentation avec une montée en gamme, des contraintes supplémentaires à respecter et de l’autre côté, importer des produits sur lesquels nous n’avons aucune garantie, élevés aux Ogm et avec des produits totalement interdits dans l’Union européenne », ajoute la conseillère régionale en charge de l’agriculture, Florence Desillière. Et de rappeler les difficultés de contrôle au sein même de l’UE avec l’épisode récent des steaks sans viande, fabriqués en Pologne et distribués en France… « J’ai l’impression que le ministre a mis des bornes », tempère le préfet Jean-Francis Treffel. « Reste que nous ne savons toujours pas s’il y aura une ratification globale de l’accord avec le Mercosur ou une ratification qualifiée », reprend Florence Desillière. Dans ce 2e cas, chaque pays pourrait mettre en place ses propres règles d’importation. Pour Jean-Yves Guérot, « la filière volailles doit regagner le marché français ». Pour cela, l’État doit « jouer son rôle », estime Florence Desillière, évoquant notamment la nourriture fournie dans les hôpitaux.

• Viande bovine. Pour Sylvain Rousselet, président d’Ecla 53, éleveur de Rouge des Prés à Ruillé-Froid-Fonds, « le moral dans les campagnes est descendu à un niveau encore inférieur à ce qu’il était il y a deux ans », soit avant les États généraux de l’alimentation. Il y a 10 ans, lorsqu’il s’est installé, son étude économique partait sur un prix de vente de 3,05 €/kg. « Cela couvrait mes frais et je pouvais me dégager un salaire. » Aujourd’hui, avec un prix de vente de 3,60 €, il travaille à perte puisque ses coûts de production sont montés à près de 4,50 €. Il s’interroge : « est-ce que l’on veut encore produire chez nous ? »

• Charges. Qui dit coût de production, dit aussi charges. Le constat de l’augmentation des charges est partagé autour de la table. Ainsi, pour un bâtiment en volailles standards, Isabelle Lemée, installée à Fougerolles-du-Plessis, remarque que « la marge poussins / aliments est la même depuis 10 ans, sauf que les charges ont doublé au cours de la même période ». Même constat pour Jean-Charles Thireau, agriculteur à Saint-Cyr-le-Gravelais : « on se rend compte que les charges augmentent tous les jours ».

• Pcae. De la production animale, la discussion s’est orientée vers l’installation des jeunes, et de l’aide qu’apporte le Pcae. « La Mayenne va épuiser le financement Feader en 2020, souligne Florence Desillière. Pour autant, deux appels à projets seront lancés en 2020 », rassure-t-elle. Rappelons que la filière volailles est, jusqu’alors, toujours allée au-delà des prévisions (35 % des dossiers) sur les appels à projets du Pcae depuis 2014. Le porc n’a jamais atteint les 15 % de l’enveloppe financière prévue.

• Irrigation. « On a trop tendance à croire que l’irrigation c’est pour les champs de maïs. Or, de plus en plus d’agriculteurs ont besoin d’irriguer, notamment les maraîchers, qu’ils soient bio ou pas. Nous demandons donc à pouvoir stocker l’eau en hiver », décline Florence Desillière en s’adressant au représentant de l’État en Mayenne. « La question de l’irrigation pose celle de la priorité donnée à l’eau potable », a répondu Alain Priol, directeur de la Ddt de la Mayenne, rappelant que dans ce département, 60 % de l’eau est de l’eau de surface. « C’est pour cela que l’on plaide pour des réserves collinaires. C’est la solution pour la Mayenne », reprend Jérôme Landais. Reste que cette demande doit s’inscrire dans le prochain Sdage, un schéma dans lequel « les agriculteurs sont représentés », glisse Alain Priol. Irriguant, Jean-Charles Thireau a tiré la sonnette d’alarme à propos du changement des seuils pour l’irrigation. « Globalement, avec ce changement de seuil, l’irrigation va devenir de plus en plus difficile…

• Difficultés. Jean-Louis Viot a été mandaté par la Fdsea pour aider les agriculteurs en difficultés. Lui aussi a remonté ses analyses auprès du préfet. « Avec la crise du lait, les trésoreries des exploitations en Mayenne ont perdu entre 100 000 et 150 000 € », indique celui qui fut aussi président de la Chambre d’agriculture. « On estime qu’entre 20 et 25 % des exploitations ont des problèmes de trésoreries. » Avec son équipe, il suit une cinquantaine de dossiers, mais il fustige certains créanciers qui « facturent les rencontres avec les agriculteurs en difficultés », d’autres « qui refusent de fournir la compta » quand ces documents sont demandés par le tribunal pour accepter ou non la survie d’une exploitation, ou bien encore « les banques, qui ne jouent pas toujours le jeu ». Ce qui fait que « ce sont souvent les fournisseurs qui aident les agriculteurs », constate Jean-Louis Viot. Dans la discussion, Alain Priol a rappelé le renouvellement du dispositif Agridif, confié en Mayenne à la Chambre d’agriculture qui pourrait permettre de financer les études économiques des exploitations en difficulté. Pour l’heure, « la nouvelle circulaire n’est pas encore arrivée ».

Sans apporter de réponses à toutes les questions soulevées lors de ce tour de table, le préfet a pris bonne note, avant de visiter l’exploitation de Jérôme Landais.

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