Agri53 02 janvier 2020 à 08h00 | Par Vincent Gross

L’Observatoire de lutte contre l’agribashing est en place

À l’initiative du préfet de la Mayenne, un Observatoire de l’agribashing est désormais en place. Rassemblant les services de l’État, les syndicats agricoles et la Chambre d’agriculture, il vise, dans un premier temps, à lutter contre les intrusions dans les exploitations.

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Le préfet Jean-Francis Treffel est à l’initiative de cet Observatoire départemental de lutte contre l’agribashing.
Le préfet Jean-Francis Treffel est à l’initiative de cet Observatoire départemental de lutte contre l’agribashing. - © VG - Agri53

Comment faire pour prévenir les intrusions dans les élevages ? C’est la question qui a mené le préfet Jean-Francis Treffel à réunir en préfecture, jeudi 19 décembre 2019, les acteurs du monde agricole et les services de l’État, pour mettre en place un Observatoire de l’agribashing. Plus de deux heures de discussions entre ces partenaires pour cette première réunion avec un mot clef : « l’information ». Celle du grand public pour « indiquer que l’on s’organise afin de lutter contre ce phénomène qu’est l’agribashing et particulièrement les intrusions dans les exploitations », explique le préfet. Et d’affirmer : « On met en place un dispositif pour lutter contre ses intrusions ». Sur cette question, « l’État et la profession agricole sont main dans la main ».

Cet observatoire a déjà une organisation qui s’appuie sur le réseau de la gendarmerie et de la police. « Celles-ci sont dotées de référents « sécurité », « sûreté ». Plusieurs d’entre eux sont spécialistes du monde agricole », poursuit le préfet. « Nous avons convenu, avec la Chambre d’agriculture et les représentants des différents syndicats agricoles, de diffuser l’information selon laquelle chaque agriculteur a la possibilité de se rapprocher de son référent police ou gendarmerie soit pour demander des conseils, soit pour demander un audit sécurité », détaille Jean-Francis Treffel. Selon les chiffres de la gendarmerie donnés par le préfet « au cours des 4 dernières années, 5 diagnostics sécurité d’exploitation agricole ont été effectués, ainsi que 64 consultations ». Des pistes sont envisagées pour dissuader de pénétrer dans les exploitations, depuis un simple panneau indiquant « Propriété privée », jusqu’à l’installation de caméras. Le préfet a aussi rappelé que la Chambre d’agriculture dispose de fiches pratiques en libre accès pour les premiers réflexes à avoir en cas d’intrusions ou pour les dissuader.

Deuxième point discuté, « la constitution d’un réseau d’alerte dans le département ». Avec un bémol émis par le préfet : « être prudent et être sûr qu’il s’agit d’intentions malfaisantes ». Après avoir été alertées, les forces de l’ordre peuvent désormais s’appuyer sur le réseau national Demeter. « Mis en place au niveau national par la Police nationale et la Gendarmerie nationale pour favoriser les échanges entre services de l’État et syndicats agricoles, Demeter permet de rapprocher les éléments recueillis dans les différents départements, explique le représentant de la gendarmerie. C’est une base de données nationale à disposition de l’ensemble des groupements de gendarmeries, donc les brigades et communautés de brigades seront informées en direct. »

Autre point sur lequel souhaite travailler l’Observatoire : l’information sur les pratiques agricoles. « Ce sera pour une autre rencontre et on y associera l’Éducation nationale », annonce le préfet. L’enjeu est de taille : « Comment mieux faire comprendre à nos concitoyens qu’aujourd’hui nous avons des modes de production et d’élevage qui sont respectueux de l’environnement, du bien-être animal, et que nous avons la chance, dans notre pays d’avoir une agriculture performante et bonne pour la santé de chacun des concitoyens ? », interroge le préfet. Une partie de la réponse pourrait émerger des réflexions des prochaines rencontres de l’Observatoire dont le rythme a été fixé à « tous les 2 mois à 2,5 mois pour faire le point sur ces sujets de lutte contre l’agribashing ».

Vincent Gross

 

 

Ce qu’ils en disent :

• Jérémy Trémeau, président des Jeunes Agriculteurs : « On en attend plus de l’État français. La loi doit évoluer, comme nous l’a bien signalée Madame la Procureure. Et on doit être en capacité d’avoir des sanctions plus fermes contre ces gens-là. L’agribashing ne s’arrête pas aux intrusions dans les élevages. Il faudra aussi lutter contre ces médias qui sont là pour faire du buzz en diffusant de fausses informations sur l’agriculture et ça, cela fait aussi mal aux agriculteurs. »

• Jérôme Landais, président de la Fdsea 53 : « On attend quelque chose de fort de l’État pour faire voir qu’il soutient ses agriculteurs. Parce qu’aujourd’hui, par rapport à toutes les lois mises en place sur les repas végétariens, les Znt…, on ne sent pas les agriculteurs soutenus par l’État, par le président de la République, par notre ministre de l’Agriculture. J’ai demandé à Monsieur le Préfet de faire remonter que nous devons être soutenus au niveau de l’État. Au niveau départemental, des choses sont mises en place et vont avancer. Il n’y a pas de souci. Par contre, au niveau national, on sent les influences par des minorités extrémistes. On voudrait que cela cesse et que l’on puisse être serein et travailler avec une grande partie des gens qui nous soutiennent. »

• Pascal Aubry, Coordination rurale : « Sur le sujet des intrusions, on est très investis et très touchés, tant au niveau départemental que national. On agit dans la mesure du possible. On voudrait qu’il y ait des condamnations fortes des personnes qui s’introduisent pour ne pas que cela tourne au drame. On craint fort qu’un de nos collègues commette l’irréparable. On voudrait aussi qu’une partie de la presse et de l’Éducation nationale arrêtent de relayer ces gens. »

• Jean-Yves Guérot, Chambre d’agriculture : « C’est très important que le préfet puisse organiser en Mayenne la défense de l’intérêt global, car, au travers l’intérêt global, il y a l’intérêt familial. De jeunes enfants aujourd’hui, issus du milieu agricole, se trouvent inquiétés dans nos campagnes. On n’attaque pas le professionnel dans son métier, on attaque ses enfants, des jeunes dans leur environnement familial. L’ensemble des services de l’État doivent prendre cela à bras-le-corps pour que l’on arrête de stigmatiser l’enfant. Dans une zone comme Laval Agglo, l’agriculture est minoritaire. L’enfant d’agriculteurs est montré du doigt et n’est pas serein dans son école. On est là aussi pour défendre l’intérêt de ces enfants-là, de ces jeunes qui seront peut-être les agriculteurs de demain. »

• François Delaunay, confédération paysanne : « Nous avons toujours contesté que le fait que des gens pour aller voir ce qui se passait forcent la porte des élevages. Par contre, proposer un autre modèle agricole n’est pas de l’agribashing. Toute la multiplicité des informations qui venaient surtout des réseaux sociaux, les gens retiennent plus surtout le train qui arrive en retard que celui qui arrive à l’heure. Il est peut-être plus facile de retenir les choses qui vont mal que celles qui vont bien. L’agriculture est appelée à évoluer, comme elle l’a fait depuis 30 – 40 ans. Elle évoluera encore. Il y a des choses qui s’amélioreront et d’autres qui laisseront des marques indélébiles. Je pense que nous sommes dans une position où évoluer un autre système agricole peut aussi faire partie des choses pour faire avancer les paysans dans le même sens et surtout arrêter que l’on dégrade la population agricole. »

• Serge Millon, directeur de la Ddcspp : « Une intrusion dans un élevage est une infraction pénale de droit commun, mais l c’est aussi un danger sanitaire grave. S’il y a des mesures de biosécurité, ce n’est pas pour rien. Aujourd’hui, la France est indemne de la fièvre porcine africaine. Si elle arrivait sur notre territoire, ce serait une catastrophe économique, humaine, sociale. On demande beaucoup aux éleveurs de protéger leurs installations. Si, demain, une intrusion provoquait arrivée de la maladie… Ce risque sanitaire est ignoré ou sous-estimé par le grand public. »

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